Afghanistan : feu vert pour le retrait

Christophe Lamfalussy Publié le - Mis à jour le

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International Envoyé spécial à Chicago

Les Alliés vont mettre fin en 2013 à la plus longue opération de combat jamais menée par l’Otan, dix ans après avoir pris le relais en Afghanistan d’une petite coalition menée par les Etats-Unis pour traquer Oussama Ben Laden. Telle est la principale décision du sommet de l’Otan qui s’est achevé lundi à Chicago par la rencontre d’une cinquantaine de chefs d’Etat et de gouvernement, dont le président afghan Hamid Karzaï et son homologue pakistanais Asif Ali Zardari.

"Les forces afghanes vont prendre la direction des opérations de combat dans tout le pays en 2013, l’année prochaine", a dit le président américain Barack Obama, "de telle façon que l’Isaf pourra se cantonner à un rôle de soutien. Ce sera une autre étape avant que les Afghans ne prennent l’entière responsabilité de leur sécurité en 2014, lorsque la mission de l’Isaf sera terminée". La plupart des 130 000 soldats déployés sur le terrain pourront alors rentrer chez eux, une promesse capitale pour Obama avant les élections du 6 novembre prochain.

Une nouvelle mission sera constituée après 2014 avec pour seul but "de former, de conseiller et d’aider" les forces de l’armée et de la police afghanes. Il est fort probable qu’elle sera protégée par une force d’autodéfense et bénéficiera d’un appui aérien. Pour Obama, cette transition graduelle permettra de "terminer la guerre de manière responsable". Pour le ministre belge de la Défense, Pieter De Crem, "il n’est pas question d’une course vers la sortie".

En dix ans, l’Isaf s’est déployée dans tout le pays et a fini par combattre les talibans revenus en Afghanistan à partir de 2005, après une période de réorganisation au Pakistan. Dans leur communiqué final, les alliés de l’Otan se sont engagés à travailler avec l’Afghanistan "afin de préserver les progrès substantiels accomplis au cours de ces dix dernières années" dans l’éducation, la santé ou la sécurité.

"Les Afghans doivent se prendre en main", estime le Premier ministre belge Elio Di Rupo, qui a souligné que les alliés n’avaient pas du tout l’intention de laisser les talibans reprendre l’avantage à l’occasion du retrait des forces combattantes. "Il faut que les talibans se rendent compte qu’ils ne peuvent pas nous attendre au tournant."

Le retrait de l’Isaf pose cependant des difficultés logistiques, qui sont accrues par le refus du Pakistan de laisser passer tout convoi de L’Otan (lire ci-dessous). Islamabad réclame 5 000 dollars par camion passant par le Pakistan alors que le prix précédent était de 200 dollars. Les Pakistanais font valoir qu’un retrait par le Nord, via les pays d’Asie centrale, coûte de plus de 10 000 dollars par camion. Ils se plaignent de l’état de leurs routes, abîmées par le passage des convois militaires, mais surtout réclament des Etats-Unis la fin des tirs de drônes en territoires pakistanais. Le président Zardari a demandé lundi à ses négociateurs de "conclure" les discussions avec Washington.

La Belgique entamera le retrait de ses troupes à la fin septembre, avec le départ d’environ 230 hommes de l’aéroport de Kaboul. "Le matériel sur place est relativement limité" , souligne Pieter De Crem, qui estime à 4 millions d’euros le coût de ce retrait qui s’étendra jusqu’à novembre. L’essentiel du rapatriement se fera par avion, directement de Kaboul, sans transit par le Tadjiskistan. Le contingent restant, soit environ 350 soldats, restera à Kunduz, à Mazar-I-Sharif et à Kandahar, la base des six F-16 belges, jusqu’à la fin 2014, a confirmé le gouvernement belge. La France, elle, rompt la solidarité en retirant dès cette année toutes ses troupes de combat. François Hollande l’a confirmé hier à Chicago. "En 2013 demeureront uniquement des formateurs pour les forces de police et pour les cadres de l’armée afghane, et cela se fera dans le cadre de l’opération elle-même de l’Isaf", a-t-il ajouté.

La Belgique s’est aussi engagée à aider les forces afghanes à partir de 2015 à concurrence d’un montant de quinze millions de dollars par an - la contribution belge à une enveloppe annuelle de 4,1 milliards de dollars. Elio Di Rupo réclame pour la Belgique le droit d’affecter ce montant à des projets plus "humanitaires" que le seul paiement des salaires des policiers et soldats. "C’est quand même nous qui donnons les sous", a-t-il lancé à un journaliste qui s’interrogeait sur la marge de manœuvre de la Belgique dans ce dossier.

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