International La question n’est plus de savoir s’il le fera, mais quand.

Les choses se sont subitement accélérées pour le président Jacob Zuma, mêlé à une série d’affaires de corruption, dont une partie en lien avec les trois frères Gupta, des hommes d’affaires indiens qui auraient obtenu de leur ami chef de l’Etat la nomination d’un ministre à leur convenance et des contrats publics.

Peur de perdre la majorité absolue

Lundi, le parti au pouvoir depuis la fin de l’apartheid, l’ANC, a en effet reconnu que des négociations étaient en cours entre ses instances et le président Zuma au sujet du départ de celui-ci avant la fin de son second mandat. En décembre, il a été remplacé à la tête du parti par Cyril Ramaphosa, qui avait axé sa campagne sur la lutte contre la corruption. Le parti de Nelson Mandela craint de perdre, pour la première fois depuis 1994, sa majorité absolue aux élections générales de fin 2019, en raison des scandales financiers et des mauvais résultats économiques de la présidence Zuma. Les agences de notation ont dégradé en 2017 la cote de l’Afrique du Sud.

La semaine dernière, le président Zuma a été contraint d’annoncer la nomination d’une commission d’enquête sur la corruption à la tête de l’Etat, nomination qu’il avait refusée jusqu’ici. Et la justice sud-africaine a lancé sa première action dans une série de 17 dossiers contre des entreprises liées aux Gupta, série qui pourrait permettre à l’Etat de récupérer un total de 3,3 milliards d’euros d’argent public.

Le 13 janvier, dans son premier grand discours de chef de l’ANC, Cyril Ramaphosa avait promis de s’attaquer à la corruption et à la mise en coupe réglée de l’Etat : "Priorité absolue sera accordée aux enquêtes et poursuites contre ceux qui en sont responsables."

Il existe trois manières d’obtenir le départ prématuré de M. Zuma : sa destitution, un vote de défiance au Parlement ou sa démission.

La destitution doit être votée par les deux tiers des membres du Parlement - où l’ANC a 249 sièges sur 400 - en cas de "violation grave de la Constitution", faute dont M. Zuma a été reconnu coupable en 2016. Cette procédure peut prendre des mois.

Le vote de défiance ne requiert que 201 des 400 voix du Parlement. Il a échoué à plusieurs reprises, jusqu’ici, parce qu’il ne recevait pas l’appui de l’ANC; ce qui est en passe de changer.

Négocier sa protection juridique

En cas de défiance, le gouvernement tombe et c’est le président du Parlement qui assure l’intérim à la tête de l’Etat jusqu’à l’élection indirecte d’un successeur. En Afrique du Sud, le chef de l’Etat est élu par le parlement; le candidat du parti majoritaire l’emporte, ce qui garantirait à l’ANC de conserver la direction du pays.

La démission du Président, quant à elle, mettrait Jacob Zuma en position de négocier les termes de celle-ci et on sait qu’il voudrait des garanties d’abandon des poursuites judiciaires contre lui. S’il refuse l’ordre de l’ANC de démissionner - qu’il a utilisé contre son prédécesseur, Thabo Mbeki, en 2008 - les parlementaires peuvent voter la défiance.