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Le politologue turc Ahmet Insel, fait docteur Honoris Causa de l’ULB jeudi soir, vit désormais à Paris où il continue d’écrire pour le quotidien Cumhuriyet, dont 14 collaborateurs viennent d’être condamnés par la justice turque. Il a accordé cette interview à La Libre Belgique.

Ahmet Insel, pourquoi le président Erdogan a-t-il précipité les élections présidentielle et législatives au 24 juin prochain ?

Tayyip Erdogan a été pris au piège de son allié d’extrême-droite, le Parti d’action nationaliste (MHP). Son président craint que la saignée dans son parti va s’aggraver de jour en jour. Il y a eu une scission dans le MHP. Une femme, Meral Aksener, a créé une dissidence. L’alliance entre Erdogan et le MHP vise à réaliser trois choses : un, créer un régime hyperprésidentiel, deux, mater toute revendication des Kurdes, trois, essayer de mettre en place un régime autoritaire pour sauvegarder l’État et la Nation, on ne sait pas très bien de quoi. Le nouveau parti de Meral Aksener est en train de mordre sur l’électorat du MHP.

L’opposition s’attendait-elle à ces élections anticipées ?

Oui mais pas si tôt. En 2019, trois élections étaient prévues – municipales, présidentielles et générales. Lors du dernier référendum, l’AKP a commencé à perdre la majorité dans les grandes villes comme Istanbul et Ankara. Ils veulent anticiper les élections car ils pensaient que Mme Aksener ne remplirait pas les conditions pour se présenter aux élections. Or le Parti républicain du peuple (CHP, social-démocrate) a demandé à quinze de ses parlementaires de quitter ses rangs et de rejoindre le parti de Mme Aksener pour lui permettre de créer un groupe parlementaire, ce qui l’autorise à se présenter aux élections.

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