Aide à la Grèce : entretiens téléphoniques Tsipras avec Merkel, Hollande
M. Tsipras, entouré de nombreux officiels chinois, a lancé un appel aux "investissements chinois" que la Grèce "veut soutenir et renforcer" et notamment ceux du conglomérat Cosco, qui gère depuis 2008, via une concession de 35 ans, les deux principaux terminaux de marchandise du Pirée, le plus grand port de Grèce.
- Publié le 19-02-2015 à 20h40
- Mis à jour le 19-02-2015 à 22h24

Le Premier ministre grec Alexis Tsipras s'est entretenu au téléphone cinquante minutes jeudi avec Angela Merkel puis avec le président français François Hollande pour "trouver un accord mutuellement utile pour Athènes et l'Europe", a annoncé une source gouvernementale grecque.
"La discussion avec François Hollande a eu lieu dans un climat chaleureux", selon cette source.
M. Hollande a assuré qu'il ferait tout ce qu'il peut pour aider la Grèce" et qu'il allait discuter la question grecque lors de sa rencontre vendredi avec la chancelière allemande, a ajouté cette source.
Le président français et Angela Merkel doivent se rencontrer vendredi à Paris pour evoquer la situation en Ukraine et comment faire appliquer les accords de Minsk.
Sur fond de tensions gréco-allemandes au sein de la zone euro, le gouvernement grec a néanmoins déploré que l'Allemagne utilise le terme "cheval de Troie" pour qualifier la lettre de demande d'extension d'aide internationale signée par Athènes. Cela ne facilite "en aucun cas de véritables discussions" au sein de la zone euro, selon une source gouvernementale à Athènes.
Berlin "suit une ligne plus dure que celle exprimée à la dernière réunion des ministres des Finances de la zone euro (Eurogroupe) le 16 février", a déploré la même source.
Le gouvernement grec a laissé fuiter dans l'après-midi la position allemande évoquant un "cheval de Troie", telle qu'exprimée jeudi après-midi au sein de l'Euroworking group, réunion de hauts fonctionnaires européens à Bruxelles chargés d'examiner la lettre de la demande grecque et de préparer la réunion des ministres des Finances (Eurogroupe) vendredi.
La demande grecque "n'est pas claire (...) elle constitue plutôt un cheval de Troie qui vise à un financement-relais et à mettre fin au programme actuel" d'aide au pays, aurait indiqué la délégation allemande selon les Grecs.
Berlin souhaite que la Grèce poursuive les réformes d'assainissement des finances publiques, de restructuration du service public et autres réformes structurelles demandées en échange des deux premiers plans de soutien financiers internationaux, signés en 2010 et 2012.
Jeudi matin, le gouvernement grec s'était résolu à demander officiellement l'extension de six mois de l'actuel plan et a accepté le maintien de la supervision de ses créanciers internationaux (UE, BCE et FMI) pendant cette période, une concession majeure pour le gouvernement de gauche radicale. Mais il souhaite gagner quelque marge de manoeuvre budgétaire en s'engageant à "financer pleinement toute nouvelle mesure" et en "s'abstenant de toute action unilatérale qui saperait les objectifs budgétaires, la reprise économique et la stabilité financière".
Le ministère allemand des Finances a rétorqué que la demande d'extension d'aide présentée par Athènes ne constituait "pas une solution substantielle" et ne répondait pas aux critères fixés par la zone euro.
Alexis Tsipras prône des coopérations entre la Grèce et la Chine
Le Premier ministre grec Alexis Tsipras a prôné jeudi "le renforcement de la coopération économique avec la Chine" dans un message se voulant rassurant à l'égard de Pékin inquiété par la remise en cause de la privatisation du port du Pirée.
Le Premier ministre grec a justement choisi Le Pirée jeudi pour déclarer, lors d'une cérémonie d'accueil d'un navire de la marine chinoise, que "la coopération maritime forme la base d'un renforcement de la coopération économique à plusieurs niveaux" entre la Grèce et la Chine.
M. Tsipras, entouré de nombreux officiels chinois, a lancé un appel aux "investissements chinois" que la Grèce "veut soutenir et renforcer" et notamment ceux du conglomérat Cosco, qui gère depuis 2008, via une concession de 35 ans, les deux principaux terminaux de marchandise du Pirée, le plus grand port de Grèce.
Or Pékin s'était inquiété d'une possible remise en cause des engagements en cours après l'annonce par le gouvernement de gauche radicale, dès son arrivée au pouvoir, d'un arrêt de la privatisation de la société du port du Pirée. Cosco était l'un des acquéreurs potentiels des parts mises en vente.
Mais "les relations des peuples grecs et chinois (...) forment la base stable d'une coopération stratégique entre les deux pays avec des perspectives prometteuses dans une série de secteurs", a rassuré le Premier ministre.
"Nous accordons une importance particulière à transformer le Pirée en un des principaux hubs mondiaux de transport et de commerce et dans ce cadre, nous allons chercher de nouvelles voies de coopération entre l'Etat grec et les acteurs économiques chinois", a ajouté M. Tsipras, reprenant sur ce thème le discours de son prédécesseur conservateur Antonis Samaras.
Comme M. Samaras, il voit la Grèce en "principale porte d'entrée maritime des produits chinois sur le continent européen" et souhaite développer les partenariats dans les secteurs de la culture et du tourisme.
M. Tsipras assistait au Pirée, dans le sud d'Athènes, à la réception d'une frégate de la 18ème flotte de la marine chinoise participant à une opération internationale de lutte contre la piraterie.
Certains observateurs prêtent à Athènes la volonté de réorienter sa diplomatie vers d'autres alliés que l'Europe, comme la Russie ou la Chine. Des déclarations de plusieurs ministres du gouvernement grec ont alimenté ces spéculations.
La Grèce peine depuis plusieurs semaines à conclure avec la zone euro un accord sur la poursuite du financement à court terme de son économie mais Alexis Tsipras a toujours affirmé que l'Europe était le principal partenaire financier de son pays.
