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Les autorités françaises ont violemment réagi à la menace "indécente" de plainte contre Paris formulée par le père du jeune jihadiste Mohamed Merah, auteur de sept assassinats et tué par la police la semaine dernière.

Mohamed Benalel Merah avait déclaré lundi soir à l'AFP qu'il allait porter plainte contre la France "pour avoir tué" son fils. "Je vais engager les plus grands avocats et travailler le reste de ma vie pour payer les frais (...). La France est un grand pays qui avait les moyens d'arrêter mon fils vivant. Ils auraient pu l'assommer avec du gaz et l'arrêter, ils ont préféré le tuer", a-t-il affirmé.

"Si j'étais le père d'un tel monstre, je me tairais dans la honte", lui a répondu mardi matin le ministre des Affaires étrangères Alain Juppé, interrogé par Radio Classique. Le conseiller spécial du président Nicolas Sarkozy, Henri Guaino, avait auparavant vu de l'"indécence" dans l'intention proclamée du père de Mohamed Merah.

Cette polémique se développe alors que les enquêteurs ont mis la main sur un montage vidéo des tueries de Mohamed Merah, envoyé mercredi dernier à la chaîne qatarie Al Jazeera.

Filmé par Mohamed Merah grâce à une mini-caméra sanglée sur lui, le montage vidéo, "stocké sur une clé USB", était contenu dans une enveloppe postée mercredi et envoyée au bureau parisien d'Al Jazeera, selon des sources policières. "C'est un montage vidéo des images des différentes tueries avec de la musique et des versets du Coran", a indiqué à l'AFP l'une de ces sources. Al Jazeera doit décider mardi lors d'une réunion au sommet au Qatar de la diffusion ou non de ces images, a déclaré sur la chaîne BFMTV Zied Tarrouche, responsable du bureau parisien d'Al Jazeera.

A titre personnel, Alain Juppé a souligné mardi qu'il préferait que la chaîne s'abstienne de le faire. "Je pense que cette incitation à la violence, au meurtre, sur des cerveaux souvent dérangés ou fragiles est détestable", a-t-il indiqué.

Le chef de la diplomatie française a aussi défendu le renforcement des mesures antiterroristes annoncé par le président Nicolas Sarkozy, alors que les services de renseignements français sont accusés de n'avoir pas perçu la dangerosité de Mohamed Merah, pourtant sous surveillance dès mars 2011. "C'est vrai que dans notre législation, il peut y avoir eu des failles (...). Je prends un exemple, aller dans un camp d'entraînement en Afghanistan, cela tombait sous le coup de la loi. En revanche, aller dans une école coranique où l'on prêche le jihad contre l'Occident c'est-à-dire le terrorisme, la tuerie et la haine, ça ne tombait pas sous le coup de la loi, là il y a une faille et on va la combler", a indiqué Alain Juppé.

Français d'origine algérienne âgé de 23 ans, au parcours de délinquant reconverti en jihadiste, passé par le Pakistan et l'Afghanistan et se réclamant d'Al-Qaïda, Mohamed Merah a abattu les 11, 15 et 19 mars trois militaires, ainsi que trois écoliers et un enseignant juifs, à Toulouse et Montauban. Il a été tué lors d'un échange de tirs avec la police, qui donnait l'assaut à l'appartement où il était retranché le 22 mars.

Son frère, Abdelkader Merah, connu des services de police pour son engagement de longue date en faveur d'un islam radical, a été mis en examen (inculpé) dimanche par les quatre juges antiterroristes nommés pour instruire cette affaire.

L'émotion suscitée par les tueries de Toulouse et Montauban a remis la sécurité au premier plan des thèmes de campagne, à moins d'un mois du premier tour de la présidentielle en France, le 22 avril.

Juppé reconnait des failles dans la loi

Alain Juppé a reconnu mardi l'existence de failles dans la législation française pour lutter contre l'islamisme radical après l'affaire Mohamed Merah, qui a tué sept personnes en se réclamant d'Al Qaïda.

"C'est vrai que dans notre législation il peut y avoir eu des failles", a déclaré le ministre français des Affaires étrangères sur Public Sénat. "Je prends un exemple. Aller dans un camp d'entraînement en Afghanistan, cela tombait sous le coup de la loi. En revanche, aller dans une école coranique où l'on prêche le djihad contre l'Occident, c'est-à-dire le terrorisme et la tuerie et la haine, ça ne tombait pas sous le coup de la loi. Là, il y a une faille et on va la combler", a-t-il ajouté.

L'affaire Mohamed Merah a provoqué une polémique sur l'efficacité des services de renseignement français, qui n'ont pas pu empêcher le tueur de passer à l'action alors qu'ils savaient qu'il avait notamment effectué des séjours en Afghanistan et au Pakistan.