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L'affaire éclatait au grand jour en 2010. Alors que l'enquête n'est pas encore finie, l'avocat Ulrich Weber a évalué à près de 700 le nombre total des victimes.

Des centaines d'enfants du fameux chœur de la cathédrale de Ratisbonne en Bavière ont été victimes dans l'après-guerre de sévices et abus sexuels. Pendant trente ans, de 1964 à 1994, Georg Ratzinger, frère du pape émérite Benoît XVI, a été maître de chapelle du chœur, mais non pas de l'internat où les choristes ont été maltraités.

Chargé d'une expertise par l'évêché en avril dernier, l'avocat Ulrich Weber a, dans un rapport intermédiaire, fait état de 231 sévices et 62 abus sexuels. Devant la presse il a évalué à près de 700 le nombre total des victimes. Il a appelé des victimes, qu'il ne connaît pas encore, à le contacter. L'évêché lui avait donné pleins pouvoirs. La nouvelle a l'effet d'une bombe en Allemagne. C'est que les "Regensburger Domspatzen", moineaux de la cathédrale de Ratisbonne, sont le plus prestigieux chœur catholique allemand, comparable au Thomanerchor de l'église protestante Saint-Thomas de Leipzig, dont le cantor avait été Jean-Sébastien Bach.

En Allemagne la musique religieuse n'attire pas que des croyants. Il est difficile d'imaginer que ces garçons au visage angélique aient été roués de coups, harcelés sexuellement, privés de boissons et de nourriture dans l'internat de la pré-école pour les petits et dans l'internat du chœur des anciens. On objectera qu'après-guerre les punitions corporelles étaient fréquentes partout en Europe. En Allemagne le législateur les a interdites en 1973.

Mais le sadisme de religieux et enseignants laïcs des internats des "Domspatzen" est exceptionnel. Les révélations de Ratisbonne arrivent avec cinq ans de retard. En 2010 le jésuite Klaus Mertes de Berlin avait été le premier a briser le silence sur la pédophilie. Par la suite des centaines de milliers de fidèles avaient quitté l'Église. En avril 2014 seulement l'évêché a confié l'enquête à Ulrich Weber. L'avocat dit qu'il a eu accès à tous les documents. L'évêché l'a-t-il soutenu ? « En me laissant agir dans le calme, on m'a déjà aidé », a-t-il dit ironiquement.

Le "Frankfurter Allgemeine", journal pourtant pro-catholique, reproche à l'ex-évêque de Ratisbonne, l'actuel cardinal Gerhard Ludwig Müller, préfet de la Congrégation romaine pour la doctrine de la foi, de ne pas avoir eu le courage de faire la lumière sur les maltraitances. Nommé préfet par son compatriote Benoît XVI en 2012, l'évêque aurait voulu ménager le frère du pape. Dans le cadre des cas de pédophilie, l'évêque avait dénoncé en 2010 une "campagne contre l'Église", comparable à celles de l'époque nazie. Même quand il était préfet, il avait parlé en 2013 d'une "colère artificielle parfois comparable à un climat de pogrome contre l'Église".

L'évêché, qui a chargé Ulrich Weber d'enquêter sur le scandale des choristes, a lui-aussi voulu minimiser l'affaire. Les chiffres des victimes avancés par l'expert sont quatre fois supérieurs à ceux admis par l'évêché. De plus, il n'y aurait pas eu que deux coupables, mais bien 42 fautifs, le nombre de ceux ayant commis des abus sexuels étant inconnu. Le directeur de l'internat de la pré-école de 1953 à 1992, le prêtre Johann Meier, échappera à la justice terrestre : il est décédé. Le maître de chapelle Georg Ratzinger, qui n'avait rien à faire avec l'internat, était-il au courant des abus sexuels ? Il se contente de dire que Johann Meier avait donné de "très fortes gifles".