International

Le cinquième sommet des Amériques, qui doit réunir à partir de ce vendredi 33 chefs d’Etat des deux continents à Trinidad et Tobago, sera-t-il celui de la réconciliation entre Washington et la majorité des pays latino-américains avec lesquels les Etats-Unis entretenaient des relations tendues jusqu’à l’élection de Barack Obama ?

C’est en tout cas l’intention de celui-ci.

Échec cuisant pour Bush

Le dernier sommet, tenu en Argentine en 2005, avait été un échec cuisant pour George Bush, qui l’avait quitté avant la fin. Les manifestations avaient succédé aux protestations et son projet de création d’une Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA) s’était cassé les dents sur un refus latino-américain.

Pire : Cuba et le Venezuela avaient, en réaction à la ZLEA - bloquée depuis lors - créé un bloc anti-libéral, l’Alba (Alternative bolivarienne pour les Amériques), rejoint depuis lors par la Bolivie, le Nicaragua, le Honduras, la Dominique - et regardé avec sympathie par l’Equateur et le Paraguay. L’Alba s’est réunie en sommet jeudi au Venezuela dans l’intention d’approuver la création d’une monnaie commune, le sucre, pour faire pièce à la toute-puissance du dollar.

Les pays latino-américains qui refusent de continuer à s’aligner sur Washington, ont également lancé, en 2008, la Banque du Sud, destinée à prêter de l’argent pour le développement de ses membres; il s’agit de se rendre moins dépendant du FMI ou de la Banque mondiale, vus comme des outils des Etats-Unis.

Enfin, lors de moments de tension régionale - comme lorsque l’armée colombienne, principale alliée des Etats-Unis, a bombardé l’Equateur pour y tuer des guérilleros, en mars 2008, ou lors de la tentative de renversement du président socialiste bolivien, en septembre 2008 - les pays latino-américains se sont réunis en dehors du cadre de l’Organisation des Etats américains (OEA), jugée trop inféodée à Washington.

Bref : les Etats-Unis perdent de leur emprise sur leur "arrière-cour" et ceux qui, comme Chavez ou Castro, exigent plus de respect de Washington sont de plus en plus entendus, y compris par des pays jugés proches alliés du "grand frère". Il faut cependant noter que cette politique a été rendue possible grâce aux gains pétroliers du Venezuela; or ceux-ci ont diminué depuis la forte chute des prix de l’or noir, à l’automne dernier, qui succédait à l’explosion des cours.

Approche appréciée

L’approche moins impérialiste d’Obama a donc été appréciée au sud des Etats-Unis, à la fois pour la forme et, dans le cas du Mexique, pour le fond. Jeudi, le président des Etats-Unis s’est en effet rendu à Mexico, où il a confirmé les gestes annoncés lors du voyage de sa secrétaire d’Etat, Hillary Clinton, en mars dernier. Reconnaissant la responsabilité des Etats-Unis dans le trafic de drogue qui est aujourd’hui la principale plaie du Mexique, à la fois comme principaux consommateurs et comme source d’armes pour les trafiquants en raison d’une législation hypertolérante sur les armes (en particulier au Texas, frontalier du Mexique), l’administration Obama a décidé de coopérer avec le Mexique, se démarquant en cela de l’administration Bush (lire l’encadré).

Réintégrer Cuba

M. Obama a en outre pris quelques mesures symboliques de détente sur la question cubaine (fin des restrictions aux voyages vers l’île et à l’envoi d’argent pour les Américains d’origine cubaine) afin d’empêcher que ce sujet n’occupe trop le sommet. Il n’empêchera cependant pas le Venezuela, le Brésil et la Colombie de réclamer à Trinidad la réintégration de Cuba dans l’OEA, qui l’en avait expulsé en 1962 sur pression de Washington, et la levée de l’embargo américain contre l’île castriste.

Dans une interview diffusée jeudi par CNN, M. Obama exige de Cuba la libération de ses prisonniers politiques et l’instauration de la liberté d’expression pour permettre des progrès dans le rapprochement cubano-américain.