Ankara en colère

AFP Publié le - Mis à jour le

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La Premier ministre turc Abdullah Gul a jugé vendredi «impossible d’accepter» le choix des dirigeants européens de repousser à décembre 2004 une décision sur l’ouverture de négociations d’adhésion de la Turquie à l’UE, a indiqué à la presse l’un de ses proches conseillers.

Lors d’un entretien vendredi matin, au deuxième jour du sommet européen de Copenhague, avec le Premier ministre britannique Tony Blair, M. Gul a accusé la France d’avoir influencé négativement la décision des Quinze et «profondément regretté» l’attitude du président Jacques Chirac, selon ce conseiller.

La décision des Quinze, annoncée jeudi à l’issue d’un dîner des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne, reste très en deçà des demandes d’Ankara, qui souhaitait qu’une date ferme soit fixée à Copenhague pour l’ouverture des négociations, si possible dès 2003 ou début 2004.

Elle s’inspire d’une proposition du couple franco-allemand à leurs partenaires européens. M. Chirac tenait à ce que soit maintenu un délai de deux ans avant toute appréciation des progrès accomplis par la Turquie vers le respect des critères de démocratisation et de stabilisation de l’économie de marché, condition préalable à l’engagement de toute négociation d’adhésion.

Le président français a notamment estimé qu’Ankara se livrait à un «chantage», selon un participant à la rencontre.

Selon plusieurs journaux, le gouvernement turc a envisagé d’exclure les firmes françaises et allemandes d’appels d’offres en Turquie, notamment en matière d’armement, s’il n’obtenait pas satisfaction.

En outre, Ankara avait auparavant lié la décision sur les perspectives d’adhésion à une résolution de la division de Chypre. «Je regrette profondément que M. Chirac ait influencé la réunion», a déclaré le Premier ministre turc à son homologue britannique, selon son conseiller. «C’est là le véritable chantage», a-t-il affirmé.

«La décision (des Quinze) est impossible à accepter», a encore dit M. Gul, cité par le responsable. «C’est une profonde discrimination et cela signifie que ce que nous avons fait (sur la voie de la démocratisation) n’a pas été apprécié».

Cette réaction intransigeante, au plus haut niveau du gouvernement turc, intervient alors qu’émanent des membres de la délégation turque à Copenhague des déclarations plutôt conciliantes. Un diplomate a ainsi souligné vendredi matin que la décision des Quinze avait rendu «irréversible» le processus d’adhésion de la Turquie à l’UE. «Il n’y a rien de très négatif dans cette décision parce qu’elle revient à faire entrer le processus d’adhésion dans une phase irréversible», a déclaré ce diplomate sous couvert de l’anonymat.

«Le fait est que le débat sur la question de savoir si la Turquie était ou non un vrai candidat a été tranché: la Turquie est maintenant un candidat à part entière», a-t-il estimé.

Mais il a répété, comme d’autres responsables la veille, que la délégation turque tenterait encore d’infléchir la position des Quinze. L’accord des Quinze «reflète un manque de perception de la volonté politique et de la détermination du gouvernement turc à rejoindre l’UE, mais nous avons encore le temps de rectifier le tir et nous poursuivrons nos efforts jusqu’au dernier moment», avait ainsi affirmé l’un d’eux.

Une rencontre entre MM. Gul et Chirac et le chancelier allemand Gerhard Schroeder devait avoir lieu en milieu de journée vendredi. Pour les Français et les Allemands, cette rencontre ne vise pas à renégocier l’accord des Quinze mais à expliquer la position européenne, ont affirmé des diplomates.

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