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Sollicité par les socialistes français en quête d'un nouveau souffle après leur déroute historique de 2017, l'une des figures du PS belge, Paul Magnette, a finalement décliné la proposition de conduire la liste PS française aux Européennes de mai 2019.

Éventée début août, "l'hypothèse" Paul Magnette, telle que qualifiée par les socialistes français, avait d'abord enthousiasmé l'intéressé, qui l'avait confirmée au quotidien belge Le Soir : le maire de Charleroi, un universitaire de 47 ans présenté comme l'étoile montante de la gauche belge, s'était vu proposer "la première place sur leur liste européenne", "pas moins".

Il y a finalement renoncé vendredi. "Si je n'avais pas été engagé sur le plan local, j'aurais très probablement accepté", a-t-il indiqué à l'AFP, en confirmant une information du Monde.

"La proposition, dans l'absolu, était intéressante, d'essayer d'éviter la juxtaposition de 27 campagnes nationales", estime-t-il. Mais, candidat à sa réélection à la tête de Charleroi, il entend également prendre sa part aux élections législatives et régionales belges, qui auront lieu en même temps que les européennes, au printemps prochain.

S'il se refuse aujourd'hui à suggérer un nom pour mener la liste française, il dit par ailleurs "ne pas douter que le PS français, celui de Jaurès, Blum et Mitterrand, est un grand parti", et voit dans les socialistes français un "phare dans la gauche européenne".

"Pas la seule hypothèse" 

Interrogé par l'AFP, le Premier secrétaire du parti socialiste français, Olivier Faure, a juré que le renoncement de M. Magnette était "tout sauf une surprise".

"J'avais évoqué cette hypothèse avec l'ensemble des personnalités du PS et pris contact avec l'intéressé en juillet. On avait convenu de se dire les choses définitivement en août", indique-t-il, sans rien ignorer des "contraintes" du calendrier électoral de M. Magnette.

L'offre de services formulée par la direction parisienne au Belge avait toutefois provoqué un étonnement certain chez les cadres du PS français, d'aucuns voyant dans cette proposition un aveu de faiblesse, quand d'autres caciques mettaient en garde contre les socialistes belges, réputés moins européistes et plus souverainistes que leurs camarades français.

"Il n'était pas la seule hypothèse", martèle aujourd'hui Olivier Faure, qui indique "discuter et sonder". Y compris avec d'autres personnalités non françaises? "C'est une hypothèse qui garde son sens", affirme-t-il. "Ce qu'on cherchait à faire, c'est donner une incarnation réellement européenne", avec une ligne "pro-européenne", mais "pas forcément en accord avec l'Union européenne telle qu'elle est aujourd'hui".

Le précédent Cohn-Bendit

L'épisode illustre les difficultés du Parti socialiste français, grand convalescent depuis les présidentielle et législatives de 2017, financièrement affaibli et toujours en manque d'incarnation.

Début août, l'ancien député PS de l'Essonne, Julien Dray, s'est porté volontaire alors que le nom de l'ancien ministre et actuel commissaire européen, Pierre Moscovici, est également régulièrement avancé.

Ce dernier, qui n'a toutefois pas fait formellement acte de candidature, s'était d'ailleurs montré réservé sur l'hypothèse Magnette, en pointant le risque d'un simple "gadget".

Le leader belge lui a rendu la pareille, vendredi, en indiquant "ne pas penser" que le prochain leader de la gauche européenne "doive venir de la Commission", qui, selon lui, porte "l'image d'un +establishment+ eurobruxellois très clos".

Si le PS français devait conforter l'hypothèse d'une tête de liste non-française, il devrait toutefois régler une difficulté juridique: pour être éligibles, les ressortissants de l'Union européenne autres que Français doivent avoir leur domicile réel en France ou y résider de façon continue depuis au moins six mois. Dans le cas de M. Magnette, celui-ci aurait été contraint de s'installer dans l'Hexagone un mois après les élections municipales à Charleroi - "une incongruité", avaient raillé certains.

En France, un précédent s'est toutefois révélé glorieux: en 1999, Daniel Cohn-Bendit avait recueilli près de 10% des voix en conduisant la liste française des Verts. A l'époque, il n'avait que la seule nationalité allemande.