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Le retrait du joueur de football Özil déchaîne les passions en Allemagne. Ce qui a amené un internaute d’origine turque à dénoncer les discriminations subies par les étrangers. Son arme : les réseaux sociaux. Et le hashtag #MeTwo.

Utilisé plus de 60.000 fois en six jours, le mouvement #MeTwo prend de l’ampleur. Son objectif : lutter contre la xénophobie. Son initiateur, Ali Can, avait pour objectif de revendiquer son appartenance culturelle, à la fois turque et allemande. Ses "deux cœurs" comme il dit. Une occasion pour lui de blâmer les actes de racisme. "Nous avons besoin d’un débat type ‘MeToo’ pour les personnes issues de l’immigration" déclare-t-il dans une vidéo sur Twitter.

Depuis, la profusion de témoignages permet de rendre compte du quotidien de ces personnes. Notamment à l’école. L’un s’y fait traiter de "singe". D’autres enfants d’origine étrangère sont incités à ne pas entrer en secondaire, et donc à l’université.


Dans la sphère politique allemande, Giorgina Kazungu-Hass, députée de Rhénanie-Palatinat, se voit dire qu’elle devrait être contente de "ne pas avoir l’air si noire [que cela]". Ce qui l’a complètement sidérée, ne sachant que répondre.


"Écoutez-nous enfin !"

Cette contestation fait manifestement beaucoup réfléchir du côté des médias allemands. Le pays serait-t-il gangrené par le racisme ? Pour le journaliste Hasnain Kazim, dont les parents sont originaires du sous-continent indien, cela ne fait aucun doute. Dans le "Spiegel", il lance un cri du cœur : "Écoutez-nous enfin".

Dans les autres quotidiens, les exemples d’utilisation du hashtag ne manquent pas. Certains partent sur le terrain pour interroger la communauté turque, comme dans "Der Tagesspiegel". Question de donner plus de voix à ces personnes qu’auparavant. 

Et enfin, il y en a qui sont plus réservés. C’est le cas de Matthias Heine pour "Die Welt". Il se dit "écœuré" par ce mouvement alors que pour lui aussi, les Allemands subissent des injures. "Quiconque n’a jamais été appelé nazi n’est pas allemand" dit-il dans le journal.

Mais qui est le plus discriminé en Allemagne ?

Pour faire le point sur la situation, le Conseil allemand d’experts pour l’intégration et la migration (SVR) a publié une étude sur le sujet en début d’année. 48 % des personnes immigrées ont signalé une discrimination. Pour ceux qui ont en plus un accent, ce pourcentage monte à 59 %. Les Turcs sont particulièrement visés.

Un rapport de l’ONU aboutit au même constat. Le 8 mai dernier, la déléguée allemande pour les droits de l’homme aux Nations-Unies a reconnu l’importance du problème. Le pays tente plusieurs pistes pour y remédier. C'est le cas avec le "Plan national d’action contre le racisme". Mais pour l’instant, ces efforts n’apparaissent pas dans les statistiques.

La polémique frappant Mesut Özil s’inscrit donc dans ce contexte. La photo le montrant en compagnie du président turc a allumé la mèche. Le baril de poudre, prêt à exploser, a fini par porter le nom de ce joueur de football. Et ses retombées pourraient traverser les frontières. Quoi qu’il en soit, "l’affaire Özil" a sans aucun doute déjà fait bouger les lignes à Berlin.