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Des ténors du Parti démocrate italien dénonçaient mardi l'attitude intransigeante de leur chef, Matteo Renzi, démissionnaire mais qui bloque toute discussion avec le Mouvement 5 étoiles, l'un des grands vainqueurs d'un scrutin qui a plongé le pays dans l'incertitude.

Rompant avec le dogme fondateur du M5S, antisystème, qui refusait tout accord avec la vieille "caste" politique, son chef Luigi Di Maio s'était dit lundi prêt à discuter "avec toutes les forces politiques" sur les thèmes de son programme: pauvreté et gaspillage, immigration et sécurité, emploi et développement.

La démission différée de Matteo Renzi, chef du Parti démocrate (PD), de centre gauche, provoque des remous en Italie, où beaucoup dénoncent une tentative de bloquer toute discussion avec M5S, alors qu'aucune majorité n'est sortie des urnes.

Pour le M5S, la démarche la plus logique serait de se tourner vers le PD. Une telle tentative avait échoué en 2013, mais le M5S a évolué depuis et le rapport de force est inversé après le revers essuyé par le PD après quatre ans de pouvoir de Matteo Renzi (18,7%).

Mais le M5S s'est braqué contre la personnalité jugée arrogante du chef du PD, qu'il associe souvent à Silvio Berlusconi avec le sobriquet de "Renzusconi".

De son côté, M. Renzi a répété lundi qu'il ne s'allierait avec "aucune forme d'extrémisme". Certes, il a annoncé sa démission de la tête du parti, assumant une défaite "claire et évidente", mais il a précisé que son successeur serait nommé par un congrès seulement après la désignation du gouvernement.

'Catastrophe démocratique'

Dans une vidéo sur Facebook, il s'est porté "garant" que son parti ne devienne pas "la béquille d'un gouvernement antisystème", assurant vouloir rester dans l'opposition et se contenter de son nouveau rôle de sénateur de Florence.

Sa position est loin de faire l'unanimité au sein du PD.

"Renzi risque de provoquer une catastrophe démocratique pour l'Italie et de faire exploser le PD", a renchéri Michele Emiliano, gouverneur des Pouilles, plus clairement marqué à gauche, qui avait lui aussi défié M. Renzi aux primaires (10%).

Son veto à tout accord avec le M5S offense leurs "11 millions d'électeurs, dont beaucoup votaient avant pour le PD", a-t-il ajouté. Pour M. Emiliano, le PD "doit soutenir de l'extérieur un gouvernement du M5S, qui avec cette victoire a gagné le droit de gouverner, et exercer la fonction de contrôle du programme. Sinon, ils s'associeront avec les droites".

Une alliance "eurosceptique" entre le M5S et la Ligue de Matteo Salvini (extrême droite), qui avec 17,3% est devenue la première force de l'alliance de droite, n'est cependant pas à l'ordre du jour, selon les intéressés.

La lutte est engagée entre la coalition de droite, qui a remporté 37% des voix mais est désormais dominée par l'extrême droite, et le M5S, devenu le premier parti du pays avec 32,7% des suffrages.

Le premier test sera l'élection des nouveaux présidents des deux chambres, en principe le 23 mars. Ensuite seulement le président Sergio Mattarella entamera ses consultations.

Dans l'intervalle, le gouvernement de centre gauche de Paolo Gentiloni, dont près de la moitié des ministres ont été battus dans leur circonscription, gère les affaires courantes.

Matteo Salvini et son allié de droite Silvio Berlusconi estiment pour leur part que la coalition de droite, arrivée globalement en tête, avait "le droit et le devoir" de former le gouvernement pour appliquer son programme de baisses d'impôts et de lutte contre l'immigration.

Mais le vieux milliardaire, qui avec 14% des voix pour son parti de centre droit Forza Italia a perdu la main dans son camp, ne s'est pas explicitement rangé derrière M. Salvini, appelant seulement à "renforcer la coalition qui devra obtenir le mandat de gouverner l'Italie".

Même si les tractations risquent de durer des mois et qu'il semble qu'aucun accord ne puisse aboutir sans le soutien d'au moins l'une des forces antisystème, les marchés financiers restaient calmes et la Bourse de Milan gagnait même 1% mardi matin.