Après trois jours d'incendies, les deux visages de la Catalogne

AFP Publié le - Mis à jour le

International

Paralysée par trois jours d'incendies, la Catalogne s'éveille et révèle deux visages: une face brûlée et calcinée, et un deuxième profil préservé, sauvé par l'intensité des secours et la mobilisation des civils.

Les premières zones touchées par les flammes, dans le nord de l'Espagne, sont dévastées.

"C'est un grand malheur", souffle Dolors Comas, 37 ans, installée dans le village de Llers avec son mari et ses deux enfants, un petit garçon de quatre ans et une fille de six ans. C'est "notre paysage, celui que nous voyons chaque jour" qui est parti en fumée.

Dans les collines, si l'on s'approche de Llers, de Biure et de Pont Molins, ces villages de l'Alt Emporda soufflés par le feu dès dimanche soir, le paysage est saisissant.

Des monts gris, une odeur persistante de fumée et subitement, une maison blanche ou un champ d'olivier se dressent. Voire un cheval, broutant dans une clairière grillée.

Des rescapés du feu qui a ravagé la région. "On a eu des moments de peur, nous avons été évacués pendant la nuit de dimanche", raconte Dolors Comas. "Heureusement, nous l'avons bien vécu, sans dommages ni physiques ni matériels".

Même les enseignes criardes et les néons racoleurs de la ville de La Junquera, à la frontière entre la France et l'Espagne, ne suffisent pas à faire oublier la catastrophe, ni à redonner ses couleurs à cette cité marchande dévastée dimanche. Le gris domine.

La chaleur se fait encore plus étouffante dans le centre brûlant. La voie centrale descendant vers l'Espagne est bordée de parois anthracites, pentes rocheuses calcinées, parcourues de buissons craquelés, secs et calcinés.

En descendant vers le sud, en direction de Figueres, à une vingtaine de kilomètres de la frontière, les automobilistes traversent un paysage désolé.

Sur les premiers kilomètres, les abords des routes sont noirs, plantés de tiges carbonisées, dérisoires témoignages de ce que furent des bordures boisées.

Aux sommets des monts chauves et gris, les squelettes des arbres ressemblent à de fragiles brindilles.

Pourtant l'activité reprend. Mardi, les poids lourds circulent, les ouvriers rétablissent les lignes de téléphone, et les prostituées ont ressorti leurs chaises en plastique le long des routes. La Catalogne renaît de ses cendres. Mais la désolation n'est pas partout. Aux abords du lac de Panta des Boadella, mardi en fin de journée, touristes et locaux sirotent des boissons fraîches sous les parasols publicitaires.

Ils observent d'un air indolent la ronde des quatre Canadair qui luttent contre les derniers foyers, de l'autre côté du lac.

Les risques de propagation écartés, le spectacle des secours devient attraction touristique et les curieux se massent sur le barrage qui retient l'eau du lac. Comme Ramon Garcia, qui a 22 ans et est venu de Gérone "tendre une main, faire quelque chose pour notre pays, l'Espagne, qui est notre terre et nous devons la protéger".

Cette solidarité est l'une des plus belles facettes d'une Catalogne dans l'épreuve.

Maria Blanco, 24 ans, vient de Darnius, l'un des villages pourtant balayés par le feu, et a passé deux jours à aider les gardes forestiers. Mardi soir, elle et ses amis sont couverts de suie après avoir étouffé les dernières braises en y jetant de l'eau et du sable, mais fiers.

"C'est incroyable. Tout a brûlé. Nous ressentions le besoin de faire quelque chose. Dimanche, nous avons aidé au village, puis sur les feux hier et aujourd'hui, c'était un plaisir", dit-elle en souriant aux abords du lac, oasis préservée, poumon vert qui donne à voir ce qu'était la Catalogne il y a encore trois jours.

Difficile de se dire que de l'autre côté des massifs, les Espagnols font les comptes dans une région sinistrée.

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