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Critiqué pour son silence à propos de l'Aquarius, Emmanuel Macron a fini par dénoncer mardi le "cynisme" et l'"irresponsabilité" de l'Italie mais des voix se sont élevées jusque dans les rangs de la majorité pour déplorer que la France n'ait pas proposé d'accueillir elle-même le bateau chargé de migrants.

Les 629 migrants secourus au large de la Libye par le navire humanitaire l'Aquarius vont finalement pouvoir rejoindre l'Espagne à l'aide de deux bateaux italiens, une solution qui pourrait mettre un terme au bras de fer engagé ce week-end entre l'Italie et Malte.

S'exprimant pour la première fois sur le sujet, Emmanuel Macron a dénoncé en Conseil des ministres la "part de cynisme et d'irresponsabilité du gouvernement italien" qui a refusé d'accueillir le navire, a déclaré le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux.

"Si un bateau avait la France pour rive la plus proche, il pourrait accoster" en France car "c'est le respect du droit international", a ajouté le président qui a salué le courage de l'Espagne, selon le porte-parole. "La France prend sa part, mais ce qui est inacceptable, c'est le comportement et l'instrumentalisation politique qui en a été faite par le gouvernement italien", a-t-il ajouté.

Pas question donc d'embrayer sur la proposition d'accueil lancée par président du conseil exécutif de Corse Gilles Simeoni, qui a jugé "naturel d'ouvrir un port corse pour porter à ces personnes en détresse" - une offre spectaculaire, qui vise surtout à "inciter d'autres responsables à prendre une position", a-t-il expliqué sur RTL. La décision "appartient à l'Etat français", a répliqué la préfète de Corse, Josiane Chevalier.

Mais pour certains, la France a été la grande absente dans cette histoire, en ne proposant pas d'ouvrir ses ports pour se substituer à l'Italie dans l'accueil des migrants.

"Vous ne pouvez pas qualifier de crimes contre l'humanité les persécutions des migrants en Libye" et "vous abstenir, au risque d'être complice de non-assistance à personne en danger", a lancé au chef de l'Etat Médecins du monde dans un tweet, tandis que Pierre Henry de France Terre d'asile estimait dans la matinée que "ne pas prendre ses responsabilités en de telles circonstances n'est pas une politique, c'est une défaite".

"Faire une exception"

Côté politique, si le député RN (ex-FN) Gilbert Collard a dénoncé "un piège émotionnel", les réactions étaient virulentes à gauche. "Le silence de la France (...) est coupable", a tweeté le député socialiste Luc Carvounas, tandis que Benoît Hamon appelait à "ouvrir la porte à ces 629 migrants".

"Triste leçon pour la France et l'Union européenne", a déploré la députée LFI Clémentine Autain, alors que le futur tête de liste PCF aux européennes Ian Brossat dénonçait "le néant et l'irresponsabilité" de la politique migratoire - déjà vivement critiquée pour son aspect répressif au détriment de l'accueil des réfugiés pourtant prôné par le chef de l'Etat.

Et comme lors de l'examen au parlement de la loi asile-immigration, les doutes ont gagné jusqu'aux députés de la majorité: "La France est restée muette, laissant à la dérive le principe d'accueil inconditionnel des migrants. Qu'attendons nous pour agir ?", s'est interrogée Sonia Krimi (LREM), tandis qu'Anne-Christine Lang (LREM) appelait à "faire une exception et à accueillir les passagers de l'Aquarius".

"La France n'est pas restée inactive au cours des 24 dernières heures", a répliqué M. Griveaux, en précisant que M. Macron allait s'entretenir mardi avec "les autorités maltaises, espagnoles et italiennes".

"Nous sommes évidemment prêts à aider les autorités espagnoles pour accueillir et analyser la situation des personnes" pouvant bénéficier du statut de réfugié, a indiqué le Premier ministre Edouard Philippe.

Dans la matinée, plusieurs membres du gouvernement s'étaient déjà employés à élargir la question.

La France n'est "pas inerte", a assuré Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'État aux Affaires étrangères, en allusion à l'engagement "sur le théâtre libyen pour stabiliser la situation" et à l'accueil programmé de "10.000 personnes éligibles au droit d'asile" sur trois ans, dont 3.000 depuis le Tchad et le Niger, "pour leur éviter cette traversée de la mort".

Pour M. Griveaux, il faut "une gestion européenne du phénomène migratoire". Mais sur ce sujet sensible, aucun compromis ne se dessine, la réforme sur la table braquant le gouvernement populiste italien et plusieurs pays de l'Est.