Arche de Zoé: un livre évoque un appui "en sous-main" du président Sarkozy
L'opération montée en octobre 2007 par l'ONG française l'Arche de Zoé - la tentative avortée de faire sortir 103 faux orphelins du Tchad en vue d'une adoption en France - pourrait bien avoir été "publicitaire", pour populariser la cause du Darfour.
- Publié le 10-01-2012 à 23h47

L'opération montée en octobre 2007 par l'ONG française l'Arche de Zoé - la tentative avortée de faire sortir 103 faux orphelins du Tchad en vue d'une adoption en France - pourrait bien avoir été "publicitaire", pour populariser la cause du Darfour (la province soudanaise voisine) auprès de l'opinion publique européenne et française en particulier, avec un appui "en sous-main" du président Nicolas Sarkozy, affirme un livre paru mardi.
Selon les auteurs, François-Xavier Pinte - le "deuxième pilote belge" qui avait recruté un collègue, Jacques Wilmart - et le journaliste Geoffroy d'Ursel, un "faisceau d'indices" laisse penser que M. Sarkozy et son ministre des Affaires étrangères de l'époque, Bernard Kouchner, ont pu couvrir les préparatifs de l'opération, sans en avoir "la preuve irréfutable".
Ils citent notamment dans cet ouvrage, intitulé "Sarkozy dans l'avion? Les Zozos de la Françafrique", le fait qu'une lettre de garantie pour la location du Boeing 757 qui devait emmener les enfants d'Abéché (est du Tchad) à Vatry, près de Reims (nord de la France), était signée par le frère du président, François Sarkozy, qui dirigeait la société pharmaceutique Paris Biotech Santé.
Quant au président de l'Arche de Zoé, Eric Breteau, il affirmait agir avec le parrainage de Cecilia Sarkozy, l'épouse du chef de l'Etat, et de soutiens politiques, diplomatiques et militaires. Et les 25 membres de l'ONG ont effectué, après leur arrivée au Tchad, le vol entre la capitale, N'DJamena, et Abéché, en avion "Transall" de l'armée française, ont indiqué les deux auteurs lors d'une conférence de presse à Bruxelles organisée par les Editions de l'Arbre, un éditeur franco-belge.
Les auteurs soupçonnent aussi le président tchadien Deby d'avoir été au courant de l'opération de sortie des enfants et de l'avoir "détournée à son profit" et imité l'instrumentalisation de l'affaire des infirmières bulgares condamnées puis finalement libérées par l'ancien dirigeant libyen Mouammar Kadhafi.
Ce livre paraît près de cinq ans après les faits et après plusieurs autres écrits par d'autres protagonistes de cette affaire. Mais François-Xavier Pinte souhaite maintenant raconter sa version de ce feuilleton politico-judiciaire qui n'est pas clos - six membres de l'ONG, bien que graciés par le président Idris Deby Itno, doivent encore être jugés devant le tribunal correctionnel de Paris et le Tchad estime que la France lui doit toujours huit millions d'euros de dédommagement, notamment pour les familles des enfants enlevés. "J'aimerais que Breteau sorte du bois" à son tour pour exposer sa version des faits, a lancé mardi M. François-Xavier Pinte, en dénonçant le caractère amateur de l'association sur le terrain africain.
Agé de 23 ans à l'époque et jeune "pilote de brousse", M. Pinte avait été le principal pilote de l'Arche de Zoé - qui se fait appeler au Tchad "Children Rescue" - avant de recruter pour le seconder un ancien de la Sabena, Jacques Wilmart, qui l'avait rejoint par idéalisme, pour mettre un point d'orgue à sa carrière de pilote par une action humanitaire, et s'était davantage engagé aux côtés des membres de l'Arche de Zoé.
M. Wilmart avait été arrêté et détenu pendant près de deux semaines avant d'être rapatrié, malade, en Belgique par avion militaire. Mais il avait permis le départ discret de son jeune collègue du Tchad alors que les autres membres de l'association et l'équipage espagnol du Boeing de la compagnie Girjet avaient été arrêtés puis progressivement libérés. "J'ai le plus grand respect pour Jacques Wilmart", a assuré François-Xavier Pinte.
