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Saddam promet un conflit long et dur
Libération
Mis en ligne le 24/03/2003
CORRESPONDANCE PARTICULIÈREÀ BAGDAD
Baromètre quasiment infaillible des heurts et malheurs du régime de Saddam Hussein, le dinar irakien, qui dégringolait depuis des semaines, s'est subitement redressé lundi face au dollar alors que les troupes américaines sont annoncées à quelque 100 km de Bagdad.
Surprise d'autant plus inattendue que la monnaie irakienne réagit aussi aux bombardements sur la capitale et que ceux de la veille avaient été particulièrement violents. Car, comme le résume, de façon un peu caricaturale, un commerçant: «Quand les bombes tombent, le dollar est à 3000 dinars. Quand elles ne tombent pas, il est à 2000.» Pas vrai, cette fois. Plus que la progression des forces américaines et le pilonnage de la capitale, la devise irakienne a préféré retenir la résistance des troupes du Raïs, notamment à Oum Qasr et à Nasiriya, ainsi que son discours qui témoignait qu'il est toujours bien vivant et dirige lui-même les batailles en cours.
Un discours sans modération
Dans une allocution de 20 minutes, d'une tonalité à la fois nationaliste et religieuse, toujours prononcée de la même voix monocorde, monotone et aigre, Saddam Hussein a promis «une victoire proche» aux Irakiens, tout en leur demandant d '«oeuvrer pour que le conflit soit long et lourd en conséquences». «Plus ils (NdlR: les soldats américains et britanniques) progressent sur notre territoire, plus ils s'enfoncent dans l'impasse (...) Dieu les a humiliés et les humiliera davantage», a-t-il assuré, en exhortant ses troupes «à frapper avec force et précision». «Tranchez-lui la gorge, l'ennemi s'embourbe sur notre sol, frappez-le», a-t-il même lancé.
Par rapport au discours qu'il avait prononcé le jour des premiers bombardements américains, le Raïs, en uniforme de maréchal mais sans la moindre décoration - ce qui est inhabituel - lisait son texte avec plus de facilité. Il n'était plus chaussé d'une lourde paire de lunettes, et il s'était fait teindre la moustache. Témoignant qu'il est au fait des performances de ses hommes, il a félicité la 11e division d'infanterie de l'armée irakienne, et notamment la 45e brigade qui se bat à Oum Qasr.
Outre l'armée, il a aussi félicité tout particulièrement pour leur combativité les gens des tribus, les combattants du parti Baas et les Fedayins (commandos) de Saddam, une milice d'élite créée par son fils Oudaï et qu'il a placée sous son commandement direct.
«Après vous avoir sous-estimés, l'ennemi est piégé sur la terre sacrée irakienne», a-t-il ajouté. Il a aussi regretté la récente coopération de l'Irak avec les missions des inspecteurs en désarmement de l'Onu: «Nous nous sommes toujours soumis même aux demandes les plus illégitimes et injustes des malfaisants dans l'espoir que le monde s'éveillerait et lèverait les sanctions contre notre peuple. Mais après qu'ils ont épuisé leurs prétextes, derrière lesquels ils se cachaient, les envahisseurs se sont avancés ouvertement et sans vergogne, avec leurs intentions vicieuses», a-t-il déclaré.
Propagande télévisée
Outre cette allocution très offensive du Raïs, les Irakiens ont pu revoir les images, presque insoutenables, des quatre soldats américains tués et celles des six capturés, déjà diffusées la veille. La télévision a aussi montré à d'innombrables reprises un hélicoptère Apache capturé et le paysan qui revendique l'avoir abattu avec une antique pétoire. L'appareil, qui n'est nullement endommagé, semble plutôt s'être posé dans un champ, peut-être victime d'une panne. On ignorait encore lundi soir le sort des pilotes, que l'armée irakienne assure détenir et que les Américains ont reconnu être «perdus au combat» («missing in action»).
AUX IRAKIENS.
Cette résistance dans le sud du pays, les petits faits d'armes rapportés par la télévision, le discours du Raïs, et même le retour des vents de sable sur la capitale, qui apparaissent comme un rempart supplémentaire pour certains Irakiens, semblent avoir fait changer l'ambiance à Bagdad. Un chauffeur de taxi, qui n'avait pas un mot pour déplorer la progression des soldats américains sur le sol de son pays, se déclare maintenant prêt à les «massacrer» s'ils entrent dans Bagdad. D'autres Irakiens, qui, ces derniers jours, osaient murmurer qu'ils souhaitaient la chute du régime, se taisent de nouveau. Et même si la vie s'est retirée des principales rues commerçantes de la ville, au point que certaines comme la longue rue Arasat al-Hindia ne présente plus un seul magasin ouvert, les quelques rares boutiques - essentiellement des épiceries - à accueillir des clients étaient lundi un peu plus nombreuses que la veille.
© La Libre Belgique 2003
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