La Libre.be > Actu > International > Article
patrimoine
Le patrimoine antique est-il menacé?
P.V.
Mis en ligne le 24/03/2003
Dans sa livraison du vendredi 21 mars, la revue «Science» publiait un appel, signé par plusieurs dizaines d'archéologues et d'institutions de diverses nationalités, demandant aux gouvernements concernés par la guerre en Irak de «prendre toutes les mesures possibles pour protéger» le patrimoine, conformément à la convention de La Haye de 1954 pour la préservation des biens culturels en cas de conflit armé. Le même jour, dans la soirée, les nouvelles du front semblaient donner raison à ceux qui tiraient ainsi le signal d'alarme. Les raids américains sur Bagdad venaient en effet, selon un porte-parole du régime husseinien, de réduire à l'état de ruines le palais Ezzouhour, une ancienne résidence royale transformée en musée.
L'heure des pilleurs
Mais la lettre parue dans «Science» contenait un autre message, non moins significatif, adressé quant à lui au ministère irakien du Patrimoine. Aide lui était offerte par les signataires pour la protection des richesses culturelles du pays une fois la paix revenue. C'est que - on le sait d'expérience - la période qui suit les hostilités n'est pas toujours la moins délicate, la désorganisation d'un Etat pouvant engendrer des effets plus redoutables encore que ceux des bombardements. Car sonne alors l'heure des pilleurs de tout acabit, qui causèrent déjà des dégâts irréparables après la précédente guerre du Golfe. «Déjà, sur place, se profilent des groupes de pilleurs clandestins. Nos propres salles des ventes annoncent des «objets anciens du Proche-Orient» avec des mises à prix de 5000 dollars», déclarait récemment, à une chaîne de télévision, le député français Didier Julia (UMP), de retour d'Irak. Le même homme politique a demandé à son gouvernement d'inciter les douanes à la «vigilance»... Partie majeure de l'ancienne Mésopotamie, berceau des civilisations de Sumer, d'Akkad, de Babylone et de l'Assyrie, l'Irak compte quelque 10000 tertres archéologiques connus, auxquels il faut ajouter ceux qui n'ont jamais été fouillés. Selon les estimations rapportées par l'archéologue américain McGuire Gibson, il existerait au bas mot «25000 sites archéologiques majeurs, chacun entouré par des dizaines de petits villages». Pour le dire d'une autre manière, les recherches, dans l'état actuel des choses, n'ont couvert que 15 pc de l'ex-royaume hachémite.
Le courage d'une directrice
A titre préventif, il semble que les trésors les plus précieux du Musée archéologique de Bagdad aient été placés «en lieu sûr». Selon Donny George, expert auprès du Conseil irakien des antiquités, cité par l'agence Reuters, on a tiré les leçons des soulèvements survenus il y a douze ans en province contre le pouvoir baasiste. «Dans les musées, nous avions perdu plus de 4000 pièces», déclare-t-il. Mais quelles seront les conséquences d'une occupation qui, cette fois, risque de s'étendre à tout le territoire? «Par rapport à ce qui s'est passé à l'époque, (...) on peut imaginer des dégâts beaucoup plus étendus cette fois.»
La British School of Archaeology in Iraq a mis sur son site Web la liste, établie par le professeur Nicholos Postgate, de «l'héritage menacé en Irak» (1), tant païen que chrétien et musulman. «Si l'Irak ne compte à ce jour qu'un seul site reconnu par l'Unesco comme patrimoine mondial (Hatra), écrit l'auteur, c'est peut-être parce que tout le pays devrait être désigné de la sorte.»
L'inventaire des dommages de toute origine encourus en 1991 justifie à ses yeux les plus grandes craintes pour l'avenir. Au musée pillé de Dohouk, par exemple, «les objets avaient été foulés au pied et bien peu des 4000 pièces perdues ont été identifiées sur les marchés de l'art dans le monde». En revanche, le contenu du musée de Nasiriyah fut sauvé par le courage... de sa directrice «qui tint tête aux pilleurs à la porte d'entrée pendant qu'un camion chargeait les objets derrière».
(1)Webhttp://www.britac.ac.uk/institutes/iraq.
© La Libre Belgique 2003
Le rire "communicatif" du...
François Fillon à Bruxelles
Le trophée de l'Euro 2012 se...
Il saute d'un hélicoptère...