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AFRIQUE DU SUD
Médicaments génériques hors-la-loi?
ANNE DISSEZ
Mis en ligne le 06/03/2001
CORRESPONDANTE À JOHANNESBURG
Le procès qui s'est ouvert lundi matin à Pretoria soulève un véritable dilemme: faut-il donner la priorité au profit ou à la vie. Devant la désastreuse évolution de l'épidémie du sida en Afrique du Sud et plus généralement sur le continent, où seulement deux pays, le Sénégal et l'Ouganda ont réussi à juguler l'épidémie, les gouvernements ont eu recours à l'importation de médicaments génériques, c'est-à-dire de copies fabriquées, notamment, au Brésil et en Thaïlande.
Les chercheurs sud-africains ont longtemps pensé qu'ils seraient capables de trouver un médicament original mais après plusieurs échecs, une loi a été votée, en1997, autorisant le gouvernement à importer des copies de médicaments.
C'est à cette loi que les plus grandes firmes pharmaceutiques s'attaquent. L'an passé, le chiffre d'affaires des 39 sociétés qui traînent aujourd'hui le gouvernement sud-africain devant la justice, a été trois fois plus important que le PIB de l'Afrique du Sud.
Les firmes justifient les prix exorbitants de leurs produits par le financement de la recherche. Mais sait-on que 7pc des recettes de ces laboratoires ont été réalisées sur le continent africain, qui abrite 60pc des séropositifs du monde.
L'issue du procès, qui devrait durer toute la semaine, mais qui pourrait déboucher sur des recours qui pourraient aller jusqu'à la cour constitutionnelle, représente pour les laboratoires un test de leur capacité à imposer leurs vues et leur loi à l'Afrique du Sud.
La vie plutôt que les profits, le slogan crié par les milliers de manifestants dans les rues de Pretoria, de Durban et de CapeTown, lundi, n'est pas une exagération. Le nombre de séropositifs en Afrique du Sud se révise chaque année à la hausse (4,2millions, soit 10pc de la population en1999); 225.000 personnes sont mortes du sida ou de maladies relatives à l'épidémie, au cours de la seule année dernière et les chiffres ne s'annoncent pas en baisse pour cette année.
La partie sera difficile pour tout le monde. Pour le gouvernement qui, en voulant obtenir le droit de reproduire ou d'importer des médicaments à des prix cassés, bafoue un de des lois essentielles de l'économie de marché, les brevets.
Pour les laboratoires, qui s'attaquent à la souveraineté de l'Afrique du Sud, en remettant en cause le droit de ce pays de s'être doté d'une loi conforme à sa constitution.
L'issue de ce procès est de la plus haute importance pour tous les pays en voie de développement. Si le gouvernement sud-africain gagne, ils pourront s'arroger le droit d'importer, eux aussi, des médicaments à des prix abordables.
© La Libre Belgique 2001
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