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Etats-Unis
Voir Fahrenheit 9/11, un acte politique
STÉPHANIE FONTENOY
Mis en ligne le 28/06/2004
CORRESPONDANCE PARTICULIÈRE À NEW YORK
Sold out, Sold out, Sold out. Pour sa sortie nationale, Fahrenheit 9/11 fait salle comble dans les huit cinémas de Manhattan où il est programmé. La plupart des tickets ont été réservés depuis plusieurs jours sur Internet. Pour beaucoup de New-yorkais, majoritairement démocrates, assister à la sortie du dernier film de Michael Moore est un acte politique. C'est un «référendum culturel contre l'administration Bush et la guerre en Irak», indique le mouvement citoyen de gauche MoveOn, qui a appelé ses sympathisants à remplir les 868 salles du pays.
Au Lincoln Plaza, un cinéma d'art et d'essai sur la 62e rue, Sandy Bernabea attend la séance de 18h, visiblement très excitée: «Nous voulons qu'on nous rende la vérité, et Michael Moore est la voix de la vérité», confie-t-elle avant même d'avoir vu le film. Pourtant, depuis sa consécration à Cannes, l'heureux lauréat de la Palme d'Or 2004 n'a pas été encensé outre-Atlantique. L'objectivité du réalisateur a même été sévèrement questionnée par la critique américaine. En pleine campagne électorale, les réactions au pamphlet anti-Bush se font plus radicales. Certains quotidiens, comme le «Philadelphia Daily news», vont jusqu'à associer Michael Moore à la réalisatrice fasciste Leni Riefensthal.
Révélations corroborées
Des diatribes qui font partie de la joute politique, renchérit Sandy Bernabea. «Les Républicains contrôlent les médias. J'ai perdu la foi en les médias et en mon Président. Mais j'ai foi en Michael Moore», s'empresse-t-elle d'ajouter. Difficile donc de recueillir un avis négatif. Et pour cause, il y a de fortes chances pour que seul le public des convaincus ne remplisse les salles. Robert Sola, éducateur à Philadelphie, n'ira pas voir le film. «Je ne vais pas payer pour écouter des mensonges. Ce film, c'est de la propagande pour les gens qui détestent le Président. Si je détestais George W. Bush, je suis sûr que j'adorerais le film. Même si je sais que Michael Moore ne dit pas la vérité».
Heureusement pour le réalisateur, Fahrenheit 9/11 sort à un moment où nombre de ses révélations sont corroborées par la commission d'investigation indépendante sur le 11 septembre. Les liens entre al Qaeda et Saddam Hussein sont aujourd'hui démentis, de même que la présence des armes de destructions massives en Irak. Le film a le mérite, selon ses adeptes, de mettre bout à bout des éléments qui ont été ignorés ou pas suffisamment couverts par les médias traditionnels.
«Michael Moore a le courage d'exprimer ce que nombre d'entre nous pensons. Il donne espoir à une foule de personnes qui ne sait pas forcément comment se faire entendre politiquement», explique Marina Castrinakis, institutrice à Harlem. Un avis partagé par Todd Gitlin, sociologue et spécialiste des médias à la Columbia University. «Beaucoup d'Américains sont furieux contre George W. Bush, mais ne sont pas forcément impliqués dans une activité politique. Or, ils ont deux bons motifs pour soutenir Fahrenheit 9/11: leur animosité à l'égard de Bush et leur passion pour la culture populaire».
Il semble donc acquis que Farhenheit 9/11 soit l'oeuvre d'un brillant propagandiste qui utilise aussi bien les techniques du documentaire que de la comédie pour élever son point de vue au rang de vérité. Mais, en définitive, Michael Moore est une des seules personnalités médiatiques américaines à clamer, à sa manière, c'est-à-dire avec humour et dérision: «Nous avons été dupés». Et le public applaudit celui qui ose exprimer un sentiment largement partagé.
© La Libre Belgique 2004
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