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AFRIQUE DU SUD
Prétoria: les pharmaciens capitulent
Mis en ligne le 19/04/2001
L'industrie pharmaceutique a dû battre en retraite sans gloire dans sa tentative d'empêcher l'Afrique du Sud d'importer à moindre prix des traitements anti-sida, mais la guerre des médicaments génériques est loin d'être terminée, préviennent protagonistes et experts.Les 39 sociétés pharmaceutiques qui poursuivaient le gouvernement sud-africain depuis 1998 ont abandonné leur plainte en invoquant un compromis trouvé avec Pretoria, mais le fait est que le procès entamait de plus en plus leur image dans l'opinion publique. «Cela a été, depuis le début, un désastre pour les groupes pharmaceutiques en termes de relations publiques. Ils sont apparus davantage préoccupés par leurs profits que par le bien-être des gens», a estimé un porte-parole de l'organisation caritative britannique Oxfam, Arup Biswas.
UNE BIEN MAUVAISE CIBLE
L'industrie pharmaceutique a, de l'avis général, mal choisi sa cible dans son combat contre les médicaments génériques produits alors même que le produit original est toujours protégé par un brevet. L'Afrique du Sud est le pays le plus touché au monde par le sida, avec 4,7 millions de séropositifs recensés fin 2000 et, reste très largement pauvre, n'est qu'un marché à l'importance fort relative pour les géants pharmaceutiques.
Pretoria et les organisations caritatives et tiers-mondistes, Oxfam en tête, ont réussi à faire prévaloir cet argument et à gagner la bataille de l'opinion, aidés encore par l'aura internationale d'une personnalité comme l'ancien président Nelson Mandela.
«Les sociétés pharmaceutiques ont estimé que poursuivre cette bataille juridique était un combat perdu d'avance, et qu'elles y auraient laissé toute leur crédibilité à l'arrivée», analyse le professeur Phil Stern, expert de l'industrie pharmaceutique à l'université britannique de Warwick.
Le géant britannique GlaxoSmithKline (GSK) a tenté de présenter l'abandon des poursuites sous le meilleur jour possible, affirmant avoir obtenu de l'Afrique du Sud la garantie que ce pays importerait des médicaments génériques sans violer les règles internationales sur les brevets.
Mais c'est une question de mots: Pretoria fait valoir depuis le début que l'accord international TRIPS autorise à passer outre les droits de propriété intellectuelle en cas d'urgence nationale, et que l'épidémie de sida en est incontestablement une.
Le directeur général de GSK, le Français Jean-Pierre Garnier, s'est également efforcé de présenter sa société sous un jour plus favorable, en assurant que le numéro un pharmaceutique mondial en termes de ventes était déterminé à coopérer avec le gouvernement sud-africain pour «faire la différence dans la lutte contre l'épidémie de sida » dans ce pays.
Les principales valeurs pharmaceutiques (GSK et AstraZeneca en Grande-Bretagne, Novartis en Suisse, Schering en Allemagne) ont pour leur part légèrement accusé le coup sur les marchés boursiers en Europe.
UNE AUTRE BATAILLE S'ANNONCE
Mais si Oxfam a célébré «une grande victoire»
et estimé que «cette décision essentielle aurait des implications dans le reste des pays en voie de développement», l'organisation britannique s'est bien gardée de vendre la peau de l'ours. « Cette question est loin d'être réglée, même si ce cas précis l'est », a reconnu son porte-parole.
La prochaine bataille s'annonce bien plus rude, de l'aveu même des militants tiers-mondistes: le gouvernement américain, poussé par son lobby pharmaceutique, a en effet l'intention de poursuivre le Brésil, qui produit avec succès des copies bon marché de médicaments anti-sida. « Les groupes pharmaceutiques se battent depuis des années sur toute cette question des médicaments génériques de substitution, et cela va continuer. Toute la question est de savoir si le procès (en Afrique du Sud) va accélérer les choses ou non », estime le Pr Stern. (AFP)
© La Libre Belgique 2001
Savoir Plus
- L’Afrique du Sud est le pays le plus touché au monde par le virus du sida, avec 4,7 millions de séropositifs recensés fin 2000, soit une personne sur neuf.
- Oxfam a salué jeudi comme «une grande victoire» le retrait de la plainte par les compagnies pharmaceutiques internationales. «Nous pensons que c’est une grande victoire pour le peuple sud-africain», a déclaré un porte-parole d’Oxfam à l’AFP. «C’est une décision essentielle qui aura des implications dans le reste des pays en voie de développement». Mais Oxfam a souligné que son combat n’était pas fini, citant notamment un procès similaire au Brésil. Selon son porte-parole, les compagnies pharmaceutiques internationales ont retiré leur plainte sous la pression des associations caritatives, des organisations de soutien aux malades du Sida, et du public, pour préserver à la fois leur réputation et le cours de leurs actions.
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