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Des pèlerins noyés, piétinés
(D'après AFP et Reuters)
Mis en ligne le 01/09/2005
Une mer de chaussures abandonnées jonche le pont Al-Aïmah, témoignant de l'ampleur de la tragédie qui a frappé mercredi Bagdad où plus de 965 pèlerins parmi lesquels des femmes et des enfants, ont péri dans un mouvement de panique en plein deuil chiite.
En dépit de strictes mesures de sécurité, la bousculade a été d'une rare violence. Ce lourd bilan s'explique par la présence au moment des faits d'une marée humaine sur ce pont, l'un des quatorze qui enjambent le Tigre à Bagdad.
«Ça a été l'enfer total», témoigne un membre du service d'ordre appartenant à l'Armée du Mehdi, la milice du chef chiite radical Moqtada al Sadr qui était chargée de canaliser la foule vers le mausolée de l'imam Moussa al-Kazim, le septième des chiites duodécimain d'Irak (lire ci-dessus).
«Quelqu'un a crié qu'il y avait des kamikazes avec des ceintures d'explosifs dans la foule et tout le monde a commencé à courir dans tous les sens», explique ce jeune barbu qui arborait le portrait de son chef sur sa chemise noire. «Ce sont les femmes qui avaient le plus de mal à courir car leurs mouvements étaient gênés par leurs abayas, l'habit noir intégral, et des enfants qui s'accrochaient à elles», ajoute-t-il.
Lorsque la panique se déclenche dans la foule, il est un peu plus de 10h30 et le pont est emprunté dans les deux sens par des milliers de pèlerins qui quittent ou convergent vers le mausolée du quartier chiite de Kazimiyah venant des quartiers chiites du nord de la capitale: Sadr-City, Chaab, Al-Qahira ou Bagdad al-Jadidah.
Le flot bien encadré par les miliciens de l'Armée du Mehdi, des policiers et des soldats n'est pas fluide. La foule zigzague entre des chicanes placées sur le pont pour empêcher le passage d'éventuelles voitures piégées.
La tension, il est vrai, est déjà montée avec, dès la matinée, une série de tirs de mortier en direction du mausolée de l'imam Moussa al-Kazim, qui ont fait sept morts et 37 blessés.
La rumeur se répand également dans la foule d'empoisonnements de pèlerins par des denrées alimentaires frelatées consommées dans les environs du lieu saint. Certains policiers appellent la foule à éviter de boire ou de manger en traversant le quartier sunnite d'Adhamiyah, que ne sépare de Kazimiyah que le Tigre.
«QUELQU'UN A CRIÉ QU'IL Y AVAIT DES KAMIKAZES AVEC DES CEINTURES D'EXPLOSIFS DANS LA FOULE. ET TOUT LE MONDE A COMMENCÉ À COURIR»
Le climat est donc propice à la panique. Surviennent alors la folle rumeur et le mouvement de la foule. Lorsqu'une barrière de protection du pont cède, ceux qui ne sont pas morts noyés en se jetant dans le fleuve périssent piétinés ou étouffés, selon des témoins. Beaucoup de vieillards succombent à des étouffements alors que de nombreux enfants sont piétinés dans la panique générale.
Dans l'hôpital Noomane, dans le quartier sunnite d'Adhamiya, des dizaines de corps sont alignés dans les couloirs faute de place. Dès que les victimes sont identifiées, elles sont transportées en ambulances vers les hôpitaux de leurs quartiers.
C'est la journée la plus sanglante connue par l'Irak depuis la chute de Saddam Hussein en avril 2003.
Après avoir décrété un deuil national, le Premier ministre Ibrahim al Jaafari est apparu à la télévision publique Iraqia pour appeler à l'unité nationale. «Ce qui s'est passé est une tentative de semer la discorde», a-t-il déclaré avant d'appeler toutes les communautés religieuses du pays à faire bloc.
Selon des sources hospitalières, la très grande majorité des victimes (965 morts) ont péri noyées ou piétinées. Tandis que des imams sunnites invoquaient le «destin» et la «fatalité», des responsables chiites ont affirmé que la rumeur meurtrière avait été lancée délibérément pour provoquer la panique conduisant à la tragédie.
Entretemps, les processions ont repris et le flot de pèlerins a redoublé de ferveur. Les fidèles se flagellaient encore plus durement à la mémoire du septième imam mort empoisonné, selon la légende chiite.
© La Libre Belgique 2005
Savoir Plus
Des gaz auraient été utilisés pour tuer lors de la bousculade qui a fait plusieurs centaines de morts mercredi à Bagdad, selon certains témoignages récoltés jeudi par une correspondante en Irak de la RTBF-Radio.
Les familles des victimes s'interrogeaient jeudi sur les causes de cette gigantesque bousculade qui a pris au piège des centaines de pèlerins chiites. Selon des survivants, des tirs de mortier ont été entendus peu avant la bousculade.
Différents témoignages font état d'une forte odeur chimique qui aurait provoqué des maux de tête et fait perdre l'équilibre à certaines personnes, alors que des hommes les aspergeaient avec un liquide s'apparentant à de l'eau de rose comme le veut la tradition lors de telles cérémonies, rapporte la correspondante de la RTBF.
Des médecins d'un hôpital de la capitale irakienne admettent avoir reçu plusieurs patients morts dont la peau était décolorée, ce qui indique l'utilisation d'un gaz ou d'un produit. Noyés ou piétinés, beaucoup d'entre eux sont morts de suffocation ou d'hémorragie interne.
La communauté chiite accuse les partisans de Saddam Hussein d'avoir mis sur pied un scénario à caractère multiple et très bien orchestré, conclut la journaliste en précisant toutefois que ces informations sont difficilement vérifiables.
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