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La continuité suspendue à la réaction de Moqtada al Sadr

Gérald Papy

Mis en ligne le 01/09/2005

Le religieux radical chiite est en position d'exploiter la tragédie de Bagdad.

Au-delà de la condamnation des circonstances qui l'ont entourée et permise, la tragédie de Bagdad peut-elle avoir des conséquences politiques?

1 Quel impact sur le gouvernement ?

Les réactions, mercredi à la bousculade meurtrière, ont donné lieu à une passe d'armes entre ministres du gouvernement du chiite Ibrahim al Jaafari. Le ministre de la Santé, un chiite proche du dignitaire religieux Moqtada al Sadr, a mis en cause ses collègues de la Défense et de l'Intérieur, eux-mêmes se rejetant la balle quant à la responsabilité de l'encadrement sécuritaire de la cérémonie religieuse de mercredi. Le Premier ministre a frappé du poing sur la table, a sifflé la fin de la querelle et a appelé ses ministres à ne pas mettre en péril la cohésion de son équipe. Issu d'élections libres mais largement boycottées par la communauté sunnite en janvier dernier, le gouvernement Jaafari souffre du déficit originel de représentation crédible de la minorité sunnite.

Les tensions consécutives au drame de mercredi risquent d'ajouter une dimension interchiite aux dissensions au sein du gouvernement, entre partisans du statu quo et tenants d'une politique plus radicale à l'égard des sunnites qui fournissent le gros des «résistants» et terroristes, le groupe du Jordanien sunnite Abou Moussab al Zarqaoui étant devenu l'emblème de lutte aveugle contre toutes les institutions mises en place depuis la fin du régime de Saddam Hussein.

2 Quel impact sur le référendum constitutionnel d'octobre?

Il n'est pas exclu que l'exacerbation des tensions à la suite de la tragédie de Bagdad rende plus difficile la recherche d'un compromis avec les sunnites. Le Comité de rédaction de la Constitution a remis lundi un projet qui n'a pas reçu l'assentiment des délégués sunnites.

Mais, depuis lors, des personnalités de cette communauté ont laissé entendre qu'elles pourraient s'y rallier moyennant certains aménagements d'ici au référendum prévu avant le 15 octobre.

La radicalisation des positions entre chiites et sunnites risque d'empêcher de concrétiser cette ouverture. 3 Quel impact, à plus long terme, sur les relations entre sunnites et chiites?

Cette dynamique de violences pourrait in fine servir les intérêts des extrémistes. Les sunnites modérés pourraient voir leurs efforts de coopération avec le gouvernement à majorité chiite et kurde réduits à néant. La «résistance» et les extrémistes terroristes en sortiraient vainqueurs. Beaucoup pourrait dépendre en fait de l'attitude du mouvement extrémiste de la communauté chiite, en l'occurrence les fidèles de Moqtada al Sadr. Soit ce dernier tire argument de la tragédie qui a meurtri sa communauté et presse le gouvernement de durcir sa politique à l'égard des sunnites, sous peine de relancer les violences interchiites; soit il adopte un profil bas qui laisserait plus de liberté de mouvement au pouvoir.

© La Libre Belgique 2005

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