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édito
Irak: la descente aux enfers
Gérald Papy
Mis en ligne le 01/09/2005
On pourra gloser sur la part de la dimension irrationnelle et accidentelle dans le drame qui a frappé, mercredi, Bagdad. Ce n'est pas la première fois que des mouvements de foule provoquent une tragédie hors norme, de surcroît lors de cérémonie religieuse - c'était le cas dans la capitale irakienne -; le pèlerinage de La Mecque en a fourni dans le passé quelques illustrations sans que cela émeuve particulièrement la planète.
C'est bien sûr ses circonstances qui donnent au drame de Bagdad toute son ampleur. Que la rumeur d'un attentat-suicide, même dans une foule se jugeant exposée et donc fragilisée, mène à une panique aussi meurtrière est un phénomène qui dépasse l'entendement. C'est dire l'état de psychose dans lequel la population irakienne est plongée, confrontée qu'elle est, il est vrai, depuis deux ans à une vague, sans doute sans précédent dans l'histoire contemporaine, d'actes terroristes.
Ainsi, la rumeur d'un attentat aura-t-elle provoqué un bilan en pertes humaines plus lourd que le plus meurtrier des attentats commis en Irak depuis la chute du régime de Saddam Hussein. Ce constat illustre crûment le risque de chaos qui guette sérieusement l'Irak sous occupation américaine.
Mercredi soir, les dirigeants, même les plus extrémistes, de la communauté chiite meurtrie par la tragédie ne semblaient pas enclins à l'exploiter politiquement. C'est pourtant le groupe extrémiste sunnite d'Abou Moussab al Zarqaoui qui en a assumé indirectement la paternité en revendiquant, sans remords, le tir d'obus de mortier initial qui a participé au climat de panique fatal.
Difficile dès lors de pronostiquer les conséquences politiques de la tragédie de mercredi. Les uns mettront en avant le caractère accidentel pour se dédouaner; les autres exciperont des lacunes en matière de sécurité pour fustiger le gouvernement. Il reste que dans le contexte actuel où se profile une confrontation politique entre chiites et sunnites sur la nature de la Constitution, il faut se demander si l'Irak n'a pas besoin d'un électrochoc pour sortir de l'ornière. Mais lequel? La réaction des Etats-Unis qui ont dit regretter «profondément» la tragédie n'en donne pas le signal avant-coureur. Loin de là.
© La Libre Belgique 2005
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