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Turquie

Les Arméniens, un tabou en sursis

Ch.Ly.

Mis en ligne le 23/09/2005

Un tribunal local postpose une conférence académique. Colère d'Erdogan et de l'UE.

Pour la deuxième fois, une conférence universitaire qui devait évoquer les massacres des Arméniens sous l'empire ottoman a été postposée, vendredi à Istanbul, à la demande d'un tribunal local.

Après de nombreuses protestations en Turquie et à l'étranger, elle aura finalement lieu ce samedi sous les auspices de l'université privée de Bilgi.

Auparavant, la Commission européenne avait condamné cette «provocation» illustrant, selon elle, «les difficultés de la Turquie, et notamment de son système judiciaire, à garantir l'application (...) des réformes».

Initialement prévue en mai à l'université stambouliote du Bosphore, la conférence était intitulée «Les Arméniens ottomans durant le déclin de l'Empire: responsabilité scientifique et démocratie». En mai, elle avait été postposée à la demande du ministre de la Justice. Cemil Cicek, devant le parlement turc, avait parlé «d'un coup de poignard dans le dos de la population turque». Cette fois-ci, c'est un tribunal d'Istanbul qui a exigé jeudi soir la suspension, provoquant la fureur du Premier ministre, Recep Tayyip Erdogan. «Ceci va à l'encontre d'une société démocratique et civilisée», a dit Erdogan lors d'une conférence de presse.

Colloque à Bruxelles

Un courant nationaliste tente en Turquie de bloquer l'adhésion du pays à l'Union européenne (UE). On trouve ses partisans dans les rouages de l'Etat, de la justice, de l'armée et de la police.

«Parmi les fondateurs de la République turque, il y a des responsables du génocide arménien», a expliqué hier à Bruxelles l'historien français Yves Ternon, lors d'une matinée d'étude sur le négationnisme organisé par le MR. «Ce n'était pas le cas de Mustafa Kemal Atatürk».

Les gouvernements kémalistes ne sont pas les héritiers de l'empire ottoman, mais ont toujours refusé d'admettre le génocide arménien. Le gouvernement actuel a proposé à l'Arménie un travail d'historiens.

La thèse officielle turque est qu'il y a eu des massacres d'Arméniens, mais aussi de Turcs, et qu'ils ont été commis dans le cadre chaotique de la Première guerre mondiale.

Le professeur Ternon décèle en Turquie un «négationnisme d'Etat» qui se nourrit d'experts universitaires et de rapports biaisés. Pour lui, nier le génocide arménien est «une composante du crime de génocide».

Le Parlement européen a reconnu le génocide arménien en 1987. Le Sénat belge a suivi cette voie en 1998. Mais il n'existe pas en droit belge de sanctions contre les négationnistes. Les sénateurs MR, Christine Defraigne et François Roelants du Vivier, se battent pour que cela ne soit plus le cas.

© La Libre Belgique 2005

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