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Le Hamas devrait former le gouvernement palestinien
AP
Mis en ligne le 27/01/2006
Le président palestinien Mahmoud Abbas va demander au Hamas de former le gouvernement palestinien, alors que vendredi, le mouvement islamiste radical a réaffirmé que la reconnaissance d’Israël n’était pas à l’ordre du jour. De son côté, l’Etat hébreu se refuse à reconnaître comme partenaire le vainqueur des élections et appelle la communauté internationale à l’isoler.
Ismaïl Haniyeh, numéro un sur la liste Hamas et très présent sur le devant de la scène depuis la victoire, a annoncé avoir demandé un entretien au président Abbas pour dimanche: le président palestinien n’a pas confirmé cette date mais a dit qu’il comptait effectivement demander au Mouvement de la résistance islamique de former le gouvernement.
Car la première victime du raz-de-marée verte est le Fatah de Mahmoud Abbas, miné de l’intérieur, qui a choisi de ne pas participer à ce futur gouvernement et entend se reconstruire dans l’opposition.
Dans toute la Bande de Gaza, des membres du mouvement nationaliste défait ont donc exprimé leur colère, brûlant des voitures, tirant en l’air et réclamant la démission des corrompus. Un millier de militants, dont une centaine d’hommes armés, ont défilé en voiture devant la résidence d’Abou Mazen (alias Mahmoud Abbas) à Gaza, scandant: "Nous ne voulons pas gouverner avec le Hamas, nous ne voulons pas une direction corrompue. Nous voulons la réforme et limoger tous les corrompus".
Vendredi, trois personnes avaient été blessées dans une bataille rangée Hamas-Fatah à Khan Younès (Gaza).
Malgré la victoire, le mouvement radical clame haut et fort qu’il ne révisera pas ses positions. Du moins pour l’instant. "Pourquoi irions-nous reconnaître Israël? Pourquoi?", s’interrogeait le nouveau député Mahmoud Zahar, principal responsable Hamas à Gaza.
"Israël n’a rien à donner aux Palestiniens. Ils ont passé leur temps à nous faire perdre le nôtre (...) sans rien mettre en oeuvre. Si les Israéliens remplissent les exigences de base des Palestiniens sur les Territoires occupés, les prisonniers, Jérusalem, nos intérêts nationaux, nous allons réévaluer cet argument".
De Damas, le numéro deux du bureau politique, Moussa Abou Marzouk, jurait que "tant qu’il y a occupation et tant que les droits de notre peuple sont bafoués, notre position restera telle qu’elle est. Nous résisterons à l’occupation pour rétablir nos droits".
Côté israélien, l’heure est également au refus.
Avec la victoire du Hamas, la fenêtre d’opportunité pour la paix, ouverte par le retrait unilatéral de la Bande de Gaza, "s’est brutalement refermée", a estimé la ministre intérimaire des Affaires étrangères Tzipi Livni, ajoutant sèchement qu’une élection, même démocratique, ne pouvait pas "blanchir" un mouvement terroriste. Du coup, "l’Autorité palestinienne ne peut pas être un partenaire, aux yeux d’Israël et du monde", a-t-elle ajouté devant la presse.
Deux sondages montrent pourtant que les citoyens de l’Etat hébreu, eux, seraient plutôt favorables à des discussions avec le Hamas: 40% selon le "Maariv", à condition que le Mouvement renonce à son objectif de destruction d’Israël, et même 48%, selon le Yediot Ahronot.
Quant à la réaction d’une communauté internationale dans l’embarras, elle devait se préciser lundi, avec la réunion du Quartette (Etats-Unis, Union européenne, ONU, Russie) à Londres autour de la secrétaire d’Etat américaine Condoleezza Rice, et celle des Vingt-Cinq, qui n’excluent pas un gel de leur aide pour amener le Hamas à la raison.
Dimanche, l’éclaireur Angela Merkel essuiera les plâtres de ce Proche-Orient bouleversé: une visite prévue de longue date en Israël pour la chancelière allemande, qui verra aussi Mahmoud Abbas. Mais pas de représentant du Hamas.
Car les contraintes économiques risquent de pousser le Hamas au pragmatisme. L’Autorité palestinienne dépend de l’aide internationale pour sa survie, européenne plus particulièrement, et d’Israël pour les besoins quotidiens de la population, eau, électricité, circulation des biens et personnes... Selon le ministre sortant des Finances Salam Fayyad, le montant total de l’aide étrangère est de 25 millions d’euros mensuels.
Enfin, Avi Dichter, ancien patron des services de sécurité israéliens, estime que le terrorisme va marquer le pas avec le Hamas aux commandes: "La réalité va devenir beaucoup plus compliquée pour eux que quand ils n’étaient qu’une organisation terroriste", expliquait-il à la radio de l’armée. "Ca sera illogique, voire insensé, qu’ils poursuivent sur la ligne extrémiste qu’ils ont suivie jusqu’à présent. Nous devons attendre et voir si le bon sens l’emporte".
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