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proche orient

Israéliens et occidentaux prennent leurs marques face au Hamas

AP et AFP

Mis en ligne le 28/01/2006

Comment gérer l'arrivée au pouvoir, à la tête de l'Autorité palestinienne, d'un parti islamiste et terroriste souhaitant la destruction d'Israël, mais désigné légalement par les urnes avec une écrasante majorité ? C'est l'épineuse question qu'essayent de résoudre Israël d'une part, sortant l'artillerie lourde sécuritaire, et les Etats-Unis et l'Europe d'autre part, menaçant de couper les vivres à une Autorité déjà exsangue.

Israël ne permettra pas aux députés du Hamas le mouvement islamiste palestinien, qui a remporté les élections législatives de circuler librement entre la bande de Gaza et la Cisjordanie, a annoncé samedi un responsable du ministère de la Défense.

"Il n'y a aucune raison qu'Israël délivre des laissez-passer pour les VIP (personnalités importantes) palestiniens appartenant à une organisation appelant à la destruction d'Israël", a affirmé à la radio publique Amos Gilad, conseiller du ministre de la Défense Shaoul Mofaz.

Le général Gilad a ainsi répondu à une question sur la possibilité pour les députés du Hamas élus dans la bande de Gaza de se rendre notamment à Ramallah, siège du Conseil législatif palestinien (CNP, parlement).

Interrogé sur ce qui pourrait arriver à Khaled Mechaal, le chef en exil du Hamas, s'il tentait de revenir dans les territoires palestiniens, Amos Gilad a affirmé qu'il "sera immédiatement arrêté au cas où il pénétrerait dans une zone sous contrôle israélien".

Ce responsable israélien n'a pas toutefois pas précisé ce qui se passerait si Khaled Mechaal entrait dans la bande de Gaza par le terminal de Rafah contrôlé par les Palestiniens et l'Egypte.

Al-Quds, un journal palestinien avait indiqué vendredi que Khaled Mechaal, pourrait se rendre la semaine prochaine dans la bande de Gaza.

Chef du bureau politique du Hamas et considéré à ce titre comme numéro un du mouvement, M. Mechaal vit en exil entre Damas et Doha. Il a été propulsé sur les devants de la scène après l'assassinat par Israël en 2004 des principaux chef du mouvement, Ahmad Yassine et Abdelaziz Rantissi.

M. Mechaal a été la cible d'une tentative d'assassinat, le 25 septembre 1997, dans une rue d'Amman, par des agents du Mossad, les services de renseignements israéliens, qui lui avaient injecté du poison.

Entré dans le coma, il avait été sauvé par l'intervention du roi Hussein de Jordanie qui avait exigé que le gouvernement israélien fournisse l'antidote en échange de la libération des auteurs de l'attentat.

Interrogé par l'AFP, un responsable à la présidence du conseil, a pour sa part été plus nuancé sur la circulation des députés entre Gaza et la Cisjordanie.

"Nous jugerons au cas par cas. Ceux qui sont directement impliqués dans le terrorisme ne pourront pas circuler, pour les autres nous verrons", a affirmé ce responsable, qui a requis l'anonymat.

Il a rappelé que dans le passé, Israël n'avait pas permis à des élus du Fatah de la bande de Gaza, accusés de participation à des "activités terroristes" de se rendre à Ramallah. "Ils ont été obligés de participer aux débats parlementaires par l'intermédiaire d'un circuit vidéo", a ajouté ce responsable. A propos de Khaled Mechaal, ce responsable a prévenu que "tout terroriste qui se déplace le fait à ses risques et périls"

Au niveau international, la retentissante victoire du Hamas -qui semble avoir surpris le monde entier, y compris Israël- a soulevé les plus grandes inquiétudes sur la possibilité d'un règlement du conflit israélo-palestinien.

Soucieux d'apaiser ces craintes, M. Abbas a affirmé jeudi, dans une mise en garde voilée au Hamas, que le nouveau gouvernement devrait "respecter des accords et des engagements pris auprès de la communauté internationale", en faisant référence à la "Feuille de route".

Le Hamas, qui est hostile à toute négociation avec Israël dont il prône la destruction, rejette ce plan de paix international prévoyant la création d'un Etat palestinien indépendant en Cisjordanie et dans la bande de Gaza.

Instigateur de la Feuille de route, le Quartette pour le Proche-Orient -- Etats-Unis, Union européenne, Russie et Onu -- a appelé le Hamas à renoncer à la violence et reconnaître le droit à l'existence d'Israël.

Les Etats-Unis ont de leur côté durci le ton. Le président George W. Bush a déclaré vendredi que les Etats-Unis couperaient les aides aux Palestiniens si le groupe islamiste Hamas, vainqueur des législatives palestiniennes, ne renonçait pas à la violence et à son projet de détruire Israël une fois au pouvoir.

«S’ils ne le font pas, nous ne traiterons pas avec eux», a déclaré M. Bush dans un entretien à la chaîne de télévision CBS.

«Les aides n’arriveront pas», a déclaré M. Bush, sans préciser clairement s’il parlait de la totalité des aides, y compris donc les programmes d’assistance humanitaire, ou seulement de l’aide directe versée à l’Autorité palestinienne.

Le Hamas «doit se défaire de ce bras de leur parti, qui est armé et violent, et, deuxièmement, ils doivent se défaire de cette partie de leur programme qui dit qu’ils veulent détruire Israël», a dit M. Bush.

«A eux de décider», a dit M. Bush, «mais nous n’apporterons pas d’aide à un gouvernement qui veut détruire notre allié et notre ami», Israël.

M. Bush a ainsi considérablement durci le ton employé auparavant dans la journée par ses Affaires étrangères.

«Si le Hamas rentre au gouvernement, ce qui maintenant paraît probable, nous allons devoir revoir tous les aspects de notre programme d’aide» aux Palestiniens, a déclaré devant la presse le porte-parole du département d’Etat Sean McCormack.

«Notre politique est très claire: nos lois et notre politique font que nous ne donnons pas d’argent aux organisations terroristes», a-t-il déclaré.

M. McCormack a indiqué que l’ensemble de l’aide américaine aux Palestiniens serait réévaluée, à la lumière des lois américaines en vigueur qui interdisent à l’administration de financer une organisation considérée comme terroriste.

Il a cité l’aide directe que Washington a fourni ces dernières années à l’Autorité palestinienne du modéré Mahmoud Abbas (50 millions de dollars en 2005), mais aussi les programmes d’assistance humanitaire de l’agence américaine USAid (225 millions) et la participation des Etats-Unis au programme de l’Onu dans les Territoires palestiniens, l’UNRWA (88 millions).

«La communauté internationale comprend que le peuple Palestinien a des besoins humanitaires et qu’ils sont pauvres», a noté M. McCormack.

Un haut responsable du département d’Etat a ainsi laissé entendre que ce réexamen ne signifiait pas forcément un arrêt total des programmes américains en faveur des Palestiniens.

«Je ne vais pas préjuger de la conclusion de notre réexamen», a déclaré ce responsable sous le couvert de l’anonymat.

Il a assuré que Washington n’entendait pas punir les Palestiniens d’avoir massivement élu le Hamas, ni menacer le mouvement intégriste.

«Ce n’est pas une menace», a-t-il affirmé. «Nous avons des exigences légales que nous devons respecter».

La question de l’aide aux Palestiniens figurera au centre des discussions que la secrétaire d’Etat, Condoleezza Rice, aura la semaine prochaine à Londres avec ses homologues du Quartette pour le Proche-Orient, auteur d’un plan de paix prévoyant la création d’un Etat palestinien aux côtés d’Israël.

Elle doit rencontrer lundi, à la veille de l’ouverture dans la capitale britannique de la conférence des donateurs pour l’Afghanistan, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, le secrétaire général de l’Onu Kofi Annan, le Haut représentant diplomatique de l’Union européenne Javier Solana et la commissaire européenne aux Relations extérieures, Benita Ferrero-Waldner.

Ces responsables se sont déjà consultés jeudi par téléphone et ont appelé le Hamas à renoncer à la violence et reconnaître le droit à l’existence d’Israël.

L'Union européenne (UE) a elle promis de continuer son soutien financier, mais averti qu'elle attendait un engagement ferme en faveur de la paix avec Israël. La commissaire européenne aux Relations extérieures, Benita Ferrero-Waldner, a appelé Israël, dans une interview à paraître dimanche, à coopérer avec le Hamas si celui-ci accepte de renoncer à la violence.

«J’espère qu’Israël va rester ouvert et se montrer prêt à travailler avec tous ceux qui respectent les principes de base suivants: reconnaissance de l’Etat d’Israël et renoncement à la violence», a déclaré Mme Ferrero-Waldner au quotidien allemand dominical Bild am Sonntag.

«Il ne peut y avoir aucun compromis concernant ces principes. Mais si de nouvelles chances pour la paix apparaissent, alors j’espère qu’Israël les saisira», a ajouté la commissaire.

L’Union européenne a promis jeudi de continuer son soutien financier à l’économie palestinienne après la victoire électorale du Hamas, tout en avertissant qu’elle attendait un engagement ferme du nouveau gouvernement en faveur de la paix avec Israël.

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