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Union européenne
Caricatures: un Parlement mesuré
VÉRONIQUE LEBLANC
Mis en ligne le 16/02/2006
CORRESPONDANTE À STRASBOURG
Réuni pour la première fois en plénière depuis qu'a éclaté la fameuse affaire des caricatures de Mahomet, le Parlement européen a décidé d'exprimer son point de vue par le biais d'une résolution débattue mercredi et votée jeudi. Le silence de la seule institution communautaire élue au suffrage universel sur cette délicate question aurait été, il est vrai, mal venu.
Son point de vue ne diffère pas, dans les grandes lignes, des opinions officielles qu'on a pu entendre ces dernières semaines. La liberté de la presse est non négociable mais elle doit s'exercer dans le respect des sensibilités, en l'occurrence religieuse. Une réaction tempérée, timorée pour certains qu'elle fait sortir de leurs gonds. L'eurodéputée libérale belge et ancienne journaliste, Frédérique Ries en fait partie. « C'était un débat castré, déclare-t-elle excédée. Il n'y a pas eu de discussion, uniquement une prise de parole par groupe politique censée exprimer un avis collectif ». Pour elle, c'est un non sens que ce qui agite le monde entier depuis des semaines ait été expédié aussi vite dans l'enceinte du Parlement. Elle y voit une frilosité inquiétante et aurait souhaité, notamment, que le Parlement exprime avec beaucoup plus de force son soutien à Jihad Momani, le rédacteur en chef du journal jordanien «Shihane», qui avait publié les caricatures et amorcé un débat d'idées dans son pays.
«Chaque mot est pesé»
De retour de Palestine où elle dirigeait la mission européenne d'observation des élections, la socialiste belge Véronique De Keyser est d'un avis différent. Ce qui compte pour elle, c'est que le texte ne comporte pas d'allumette susceptible de remettre le feu aux poudres. «
J'étais sur place, lorsque l'affaire a éclaté, explique-t-elle et j 'ai vu comment la violence s'est répandue. Le bureau de la Commission européenne a été saccagé à Gaza, nous avons même dû évacuer Ramallah». « Nous ne pouvons pas jouer les apprentis sorciers, poursuit-elle, ces pays sont écorchés et la seule lecture qu'ils ont de ces dessins est qu'on assimile tous les musulmans à des terroristes. L'humiliation est invraisemblable, il faut être sur place pour la mesurer. Ce n'est plus la dimension sacrilège de la représentation du prophète qui est en jeu, explique-t-elle mais la perception que les musulmans pensent que l'on a d'eux »
Jean-Marie Cavada de l'Alliance des libéraux et démocrates européens a quant à lui participé à la rédaction de la résolution. Il insiste sur le fait qu'y est réaffirmée l'importance de la liberté de la presse, garante des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire. Seuls, les tribunaux sont compétents pour sanctionner les dérapages. En aucun cas, les Etats qui n'ont pas à présenter d'excuses. Cet ancien journaliste a une jolie formule pour défendre ce qu'il appelle « la liberté de l'esprit par rapport à la parole révélée ». « La religion fleurit librement à l'ombre de la laïcité mais l'inverse n'est pas vrai », dit-il. Reste qu'il est convaincu que la modération dans l'expression s'impose. « Le monde a basculé en 2001. Nous subissons une onde de choc d'une violence inouïe. Il faut en tenir compte et chaque mot compte ».
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