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élections françaises
Sarkozy, et haut la main
BERNARD DELATTRE
Mis en ligne le 07/05/2007
CORRESPONDANT PERMANENT à PARIS
C'est une très large victoire. Elle est certes moins marquante que ce qu'avaient présagé les derniers sondages (qui donnaient Nicolas Sarkozy à 55 pc), mais elle est indéniable.
L'écart de cinq points qui séparent Ségolène Royal de Nicolas Sarkozy situe la victoire de ce dernier dans la fourchette des succès de François Mitterrand contre Jacques Chirac en 1988 (54 pc) et de Jacques Chirac contre Lionel Jospin en 1995 (52,6 pc). On est donc loin des verdicts serrés des scrutins de 1974 (50,8 pc pour Giscard contre Mitterrand) et de 1981 (51,8 pc pour Mitterrand contre VGE).
Pourquoi Ségolène Royal a-t-elle perdu ? Elle a souffert du niveau historiquement bas de ses alliés de gauche et d'extrême gauche, et dès lors de la maigreur de réserves pour le second tour. Cela l'a forcée à un grand écart trop acrobatique entre les deux tours : elle devait à la fois conserver l'extrême gauche et séduire les centristes. Sans beaucoup de succès puisque, selon les premières estimations, ceux-ci se sont reportés autant sur Nicolas Sarkozy que sur elle. Elle a aussi été critiquée dans son camp pour son positionnement atypique, alors que la droite était soudée derrière Nicolas Sarkozy. Et elle a commis des erreurs dans sa campagne.
Cette défaite pourrait déstabiliser le PS. En effet, Ségolène Royal n'affiche qu'un score similaire à celui de Lionel Jospin en 1995. Alors pourtant qu'en 2007, la gauche pouvait espérer capitaliser sur l'usure du pouvoir de la droite (à l'Elysée depuis douze ans et au gouvernement depuis cinq ans), sur les graves crises qui ont émaillé le quinquennat (flambée des banlieues, crise du CPE, etc.) et sur la personnalité controversée du candidat UMP.
Dimanche soir d'ailleurs, Dominique Strauss-Kahn a stigmatisé "une très grave défaite" de son parti et l'a mise sur le compte de la "rénovation social-démocrate" qui n'a "pas encore emporté le PS". Il a certes ménagé Ségolène Royal, présentant ses "reproches" comme collectifs, mais a porté un jugement "sévère sur la façon dont le PS a fonctionné ces cinq dernières années". Dans la foulée, Laurent Fabius a regretté que "le drapeau de la gauche (soit) en terre". Et son lieutenant Claude Bartolone a déploré que le combat présidentiel socialiste n'ait "pas été assez préparé" et que la candidate, entre les deux tours, ait évoqué la possibilité de ministres UDF.
Royal a-t-elle voulu d'emblée désamorcer les bombes au PS ? La rapidité avec laquelle elle est intervenue pour se positionner comme chef de file de l'opposition ("Quelque chose s'est levé, qui ne s'arrêtera pas") a stupéfié certains commentateurs, qui ont assimilé son attitude à "un putsch" destiné à parer à toute velléité de déstabilisation au PS qui lui serait préjudiciable ainsi qu'à François Hollande. Tout aussi inhabituelles ont été les harangues ségolénistes des militants depuis la rue de Solférino avant même que les hiérarques aient rejoint le siège du parti.
Dans l'immédiat, toutefois, le PS devrait tenter de conserver un semblant d'unité pour limiter la casse aux législatives. Des législatives qui devraient être favorables à l'UMP, comme c'est le cas de toutes les législatives organisées dans la foulée des présidentielles. A fortiori que la vieille règle de l'alternance politique systématique qui, depuis 1981, renvoyait systématiquement dans l'opposition les majorités sortantes a vécu. Nicolas Sarkozy a donc réussi son pari d'incarner la rupture et de ne pas être perçu comme le candidat sortant.
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