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Sarkozy Président

Une France en bleu (bis)

BERNARD DELATTRE

Mis en ligne le 08/05/2007

Exactement comme au premier tour il y a quinze jours, le Président élu a fait le plein de voix quasi partout. Grâce notamment aux reports de voix : excellents au FN, très corrects à l'UDF. Royal ne l'emporte que dans quelques îlots.
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    CORRESPONDANT PERMANENT À PARIS

    Deux millions de voix d'avance : il n'y a donc vraiment pas photo. A l'échelon national, Nicolas Sarkozy dimanche a réalisé le plus beau score présidentiel d'un candidat de la droite face à un candidat de gauche depuis le général de Gaulle en 1965. C'est aussi la première fois depuis Giscard en 1974 qu'un prétendant à l'Elysée s'impose dès sa première candidature. A l'échelon international, sa performance assied solidement sa stature : en effet, elle le consacre comme dirigeant bien plus confortablement élu que ses homologues Blair, Prodi, Zapatero, Merkel et Bush réunis.

    Ce triomphe s'explique, outre par la fidélité de l'électorat de droite du premier tour, par d'excellents reports de voix.

    Jeunes contre âgés

    Selon les estimations, entre 58 et 63 pc des électeurs du Front national se sont reportés sur lui, contre seulement entre 20 et 24 pc sur la candidate socialiste. Comme c'est traditionnellement le cas pour les consignes de vote données en France, le mot d'ordre de Jean-Marie Le Pen, qui avait recommandé à ses partisans de "s'abstenir massivement", n'a donc pas été bien suivi. Seuls entre 12 et 18 pc des frontistes ne sont pas allés voter, le nombre de bulletins blancs ou nuls se montant à 1,5 million.

    Le candidat de l'UMP a également bénéficié de bons reports de voix des électeurs de François Bayrou. Entre 40 et 47 pc des centristes se sont reportés sur lui, contre 38 à 45 pc sur Ségolène Royal et 8 à 12 pc s'abstenant. La tentative de séduction centriste de Ségolène Royal entre les deux tours n'a donc pas donné de bons résultats. En revanche, elle lui a coûté des électeurs d'extrême gauche. Ainsi, dans l'électorat du trotskiste Olivier Besancenot, on a compté une petite vingtaine de pc d'abstentionnistes.

    Le second tour a globalement reproduit la carte électorale du premier tour du 22 avril.

    Sociologiquement, Nicolas Sarkozy a fait un tabac chez les plus de 60 ans et a réalisé de bons scores chez les 25-34 ans. Ses électeurs ont été en majorité les salariés du secteur privé, les artisans, agriculteurs et commerçants, les cadres, dirigeants et professions libérales, ainsi que les Français expatriés. Ségolène Royal, elle, a affilié les moins de 24 ans, les salariés de la fonction publique, les ouvriers, les précarisés et, de justesse, les professions intermédiaires. Le vote des femmes s'est légèrement plus orienté vers le candidat UMP que vers son adversaire socialiste, vraisemblablement du fait du poids démographique de l'électorat féminin âgé.

    Villes contre campagne

    Géographiquement, Nicolas Sarkozy l'a emporté dans les trois quarts des Régions et des départements, essentiellement dans le Nord et dans l'Est du pays. Sa zone d'implantation correspond plutôt aux zones rurales. Ses plus beaux résultats sont provenus des anciennes places fortes du Front national : l'Alsace (plus de 65 pc) et la Provence-Alpes-Côte d'Azur (des pointes dépassant les 68 pc). Dans son fief de Neuilly-sur-Seine, le candidat de l'UMP a raflé 86 pc des voix. Il s'impose également à Lyon, ville pourtant gérée par les socialistes. Nicolas Sarkozy a réussi le tour de force de faire basculer de justesse (50,3 pc) à droite le bastion socialiste du département du Nord : on n'avait plus vu cela depuis le général de Gaulle en 1965. La préfecture du Nord, Lille, est toutefois restée fidèle à Ségolène Royal. Dans le Pas-de-Calais, autre fief historiquement socialiste, Ségolène Royal, qui y avait été devancée le 22 avril, a repris l'avantage dimanche avec 52 pc, ce qui constitue tout de même la plus mauvaise performance de la gauche depuis quarante ans.

    La candidate socialiste, pour le reste, s'est globalement imposée dans l'Ouest, le Centre-Ouest et le Sud-Ouest du pays et globalement en milieu urbain - notamment à Bordeaux, la ville d'Alain Juppé. Elle l'a aussi emporté dans les Pyrénées atlantiques, le département de François Bayrou. Et évidemment dans sa région de Poitou-Charentes et dans son département des Deux-Sèvres.

    La candidate socialiste a devancé son concurrent UMP dans les DOM TOM (sauf ceux du Pacifique et en Guyane). Elle a obtenu ses plus beaux scores (frisant les 60 pc) en Midi-Pyrénées. Et s'est imposée très facilement en Seine-Saint-Denis (56,5 pc). A Paris, elle est arrivée en tête dans onze arrondissements sur vingt, bénéficiant d'un fort report de voix des électeurs de François Bayrou. Nicolas Sarkozy ne l'a devancée que de 3 000 voix dans la capitale.

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