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France
Nicolas Sarkozy contesté dans la rue
Bernard Delattre
Mis en ligne le 09/05/2007
Malgré sa victoire écrasante et sa légitimité indéniable, due au taux de participation, le Président élu Sarkozy est contesté dans la rue. Mardi soir, pour la troisième nuit consécutive, des échauffourées ont opposé les forces de l'ordre à des manifestants et des casseurs.
Ces incidents touchent chaque soir une demi-douzaine de villes et impliquent dans chacune d'elles plusieurs centaines de fauteurs de troubles. Rien qu'en deux nuits, sans parler du mobilier urbain vandalisé et de dizaines de vitrines de commerces brisées, plus de 1000 voitures ont été brûlées, 78 policiers et gendarmes ont été blessés et plus de 700 personnes interpellées, dont plusieurs ont déjà été condamnées à de la prison ferme.
Ces troubles touchent surtout des villes où Ségolène Royal l'a emporté dimanche : Rennes (où elle fit 62,7 pc), Lille (52,9 pc), Toulouse (57,6 pc), Caen (55,6 pc), Nantes (56,6 pc) ou Tours (50,8 pc). Ils touchent aussi Paris, où Nicolas Sarkozy ne l'a emporté qu'avec 3 000 voix d'avance sur 1 million de votants, l'UMP ayant été battu par sa rivale dans les arrondissements de l'est parisien où ont lieu les incidents.
Les fauteurs de troubles ne sont majoritairement pas des jeunes issus de quartiers difficiles mais des militants anarchistes, libertaires ou d'extrême gauche auxquels se joignent des collégiens et lycéens. Il ne semble pas s'agir d'un mouvement concerté et coordonné. Sur le terrain, les manifestants donnent du fil à retordre aux policiers car ils agissent en petits groupes très mobiles privilégiant la tactique du harcèlement.
Des jeunes "exaspérés"
Mardi, le syndicat policier Alliance a dénoncé "quelques éléments incontrôlables (qui) ont choisi de contester le résultat des urnes" et la police nationale a visé la mouvance trotskiste. Contacté par "La Libre", le porte-parole d'Olivier Besancenot a démenti que la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) ait donné la moindre consigne à manifester, mais n'a pas exclu que des gens proches d'elle aient participé à des manifestations à titre individuel. "L'appel à la résistance et à battre la droite dans la rue comme dans les urnes, lancé dimanche soir par Olivier Besancenot, n'englobe bien sûr pas ce genre d'incidents", a t-il précisé.
La LCR se refuse à condamner ("un terme un peu fort") les déprédations causées par les jeunes, "qui sont exaspérés", mais "ne les partage pas". Quant à la confédération anarcho-syndicaliste CNT, elle ne dément pas que "certains militants au niveau local participent à un troisième tour social dans la rue", mais dit n'avoir pas donné "de consignes au niveau national".
Bruno Julliard, médiatique président du syndicat étudiant Unef et par ailleurs soutien de Ségolène Royal, a jugé "contre-productives" les manifestations et assemblées générales "qui auraient pour seul but de contester la victoire de Sarkozy", car elles risqueraient "de faire apparaître les jeunes comme antirépublicains".
Plusieurs caciques socialistes ont condamné les violences, jusqu'à François Hollande qui a enjoint mardi les fauteurs de troubles à canaliser "la déception, la colère et la frustration" par "le seul moyen des bulletins de vote".
L'"appel à la responsabilité et au calme" du premier secrétaire du PS survient alors que Ségolène Royal en personne a été accusée avant le second tour d'avoir soufflé sur les braises.
"Y aura-t-il des violences si Nicolas Sarkozy est élu ?", avait-elle été interrogée vendredi matin. "Je le pense", avait-elle répondu. Avant de pronostiquer "des tensions très fortes" et de les mettre sur le compte des "provocations et violences verbales" du candidat UMP "à l'égard des quartiers populaires". A aucun moment n'avait-elle condamné ces possibles violences, ni appelé au calme à titre préventif.
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