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Bayrou a mangé son pain blanc
BERNARD DELATTRE
Mis en ligne le 10/05/2007
Comme quoi, les choses peuvent vite évoluer. En une quinzaine de jours, François Bayrou est passé du statut de troisième homme du premier tour, certes non qualifié mais auréolé d'un honnête score de 18 pc et à ce titre courtisé comme faiseur de roi pour le second tour, au rang de "has been" lâché par tous ou presque. Et qui ce jeudi, sabordera l'UDF, pour la remplacer par son nouveau Mouvement démocrate, dans une relative indifférence, ou en tout cas dans une situation de réel isolement.
Depuis le 22 avril, en effet, les trois quarts de ses députés sortants l'ont lâché pour rejoindre la majorité présidentielle. Même ses plus fidèles "bédouins", comme François Bayrou les appelait - car ils l'avaient accompagné depuis 2002 dans la traversée du désert consécutive à la création de l'UMP grâce notamment au débauchage de nombreux centristes - préfèrent désormais jouer les harkis, les supplétifs de l'UMP, pour conserver leurs sièges aux législatives de juin. En 2002, en effet, ils n'avaient dû leurs sièges qu'au fait que l'UMP n'avait pas présenté de candidats contre eux.
Bien sûr, ses ex-amis justifient leur conversion sarkozyste par des raisons autres qu'alimentaires. A leurs yeux, ils restent fidèles à l'idéal bayrouïste du premier tour puisque ce que proposait le leader centriste avant le 22 avril, Nicolas Sarkozy s'apprêterait à le réaliser en s'appuyant sur une majorité transcendant les clivages car ouverte au centre et à la gauche.
Victime du mode de scrutin
Ces ex-bayrouïstes revendiquent aussi leur fidélité aux fondements du centrisme, dont François Bayrou s'est écarté selon eux en insistant lourdement entre les deux tours sur le fait qu'il ne voterait pas pour Nicolas Sarkozy. Et en étant probablement contraint à s'allier au PS aux prochaines législatives.
François Bayrou, en effet, n'aura sans doute d'autre choix que de passer des alliances lors de ces élections s'il veut conserver des députés à l'Assemblée. Car le scrutin majoritaire dessert considérablement les petits partis. Certes, à supposer que son résultat à la présidentielle soit dupliqué aux législatives - ce qui déjà n'est pas forcément automatique -, il pourra espérer contraindre l'UMP à des seconds tours en forme de triangulaires. Mais sauf accords de désistement entre l'UDF et le PS, ces triangulaires seront le plus souvent bénéfiques à la gauche et non à lui.
Hormis donc dans quelques places fortes bayrouïstes (Pyrénées atlantiques, Paris, etc.), on voit a priori mal comment le nouveau Mouvement démocrate pourrait faire élire de nombreux députés. Les bayrouïstes ont dès lors peu de chances de conserver un groupe parlementaire (20 élus), ce qui les privera de moyens et d'audience politique et médiatique. Et les humiliera d'autant plus que la vingtaine de députés sortants centristes ayant rejoint la "sarkozie" ont reçu eux l'assurance d'une représentation visible au Parlement.
François Bayrou se console en jouant la base militante et sympathisante contre les barons. Plus de 10000 internautes auraient déjà téléchargé un formulaire d'adhésion à son nouveau parti. Et même si les législatives ne se soldent pas pour lui par l'élection de nombreux députés, en vertu de la loi sur le financement des partis, chaque voix d'électeur qui se portera sur son mouvement lui rapportera 1,70 euro.
Ce qui, en fonction de son résultat aux présidentielles, pourrait lui assurer un budget de 4 millions d'euros par an pendant cinq ans. De quoi donc lui assurer jusqu'à 2012 des moyens, à défaut d'audience et de pouvoir politiques.
Savoir Plus
François Bayrou "est en train de tuer l'UDF" en créant le Mouvement démocrate, a affirmé jeudi le député André Santini, qui a rallié le pôle centriste de la majorité présidentielle. "Il est en train de tuer l'UDF. Il a le droit de créer un nouveau parti, c'est son affaire. Mais il n'a pas le droit de garder le sigle en héritage", a déclaré le député-maire UDF d'Issy-les-Moulineaux sur LCI. "François Bayrou est maintenant candidat pour 2012, c'est très clair. Ceux qui veulent l'accompagner doivent savoir qu'il y a une longue période où il n'y aura pas de députés du Mouvement démocrate à l'Assemblée". "Nous voulons simplement dire que nous sommes UDF et que nous restons UDF", a poursuivi André Santini au sujet des désaffections en masse de députés UDF vers la majorité présidentielle. "A force de laver plus blanc que blanc, on finit par n'avoir plus rien". Selon lui, en déclarant qu'il ne voterait pas Nicolas Sarkozy au deuxième tour de la présidentielle, François Bayrou a choisi l'opposition. "Vous êtes dans un bloc ou vous êtes dans l'autre. Nous sommes quand même à un système majoritaire avec une logique binaire", a-t-il expliqué.
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