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G8

La Chine dans le collimateur du G8 sur l'Afrique

Marie-France Cros

Mis en ligne le 06/06/2007

Pékin encourage l'endettement de l'Afrique sans la développer. Et contrarie les intérêts financiers occidentaux.

La Chine fera figure d'accusée dans plusieurs dossiers examinés lors du G8. A côté de son rôle de second pollueur après les Etats-Unis et de la sous-évaluation de sa monnaie - comme du dollar américain - un des sujets qui seront abordés à Heiligendamm sera son attitude en Afrique.

Dans sa soif immense de matières premières, Pékin multiplie, en effet, en échange de celles-ci, les prêts remboursables à long terme avec le continent noir. Ceux-ci font la joie des dirigeants actuels, souvent peu soucieux d'un remboursement que les facilités accordées par Pékin confient aux générations suivantes. L'inquiétude grandit donc de voir la Chine jeter les bases d'un futur surendettement africain, alors que les pays du G8 viennent d'effacer des milliards de dollars de dette de ce continent.

Autre sujet de préoccupation : le refus de Pékin de conditionner son aide ou ses contrats commerciaux à un respect minimal des droits de l'homme. La Chine est ainsi intervenue au Conseil de sécurité pour empêcher l'adoption de sanctions à l'encontre du Soudan, qui mène une répression meurtrière au Darfour (ouest), où un diplomate chinois a jugé, le mois dernier que la situation était "dans l'ensemble stable, ce qui démontre que le gouvernement soudanais a déjà accompli beaucoup d'efforts pour régler le problème". Pékin vend en outre des armes au gouvernement islamiste de Khartoum .

Pas d'états d'âme

Elle a aussi offert une voiture de luxe au président du Zimbabwé (où elle est le principal investisseur), Robert Mugabe, en février dernier, pour son 83e anniversaire, alors que ce dernier avait organisé aux frais de l'Etat une fête somptueuse pour l'occasion; au même moment, il était impossible, pour les Zimbabwéens, de trouver du pain.

Cette absence d'états d'âme est mise en avant par Pékin, lors de ses entretiens dans les capitales africaines, comme un de ses avantages par rapport aux autres partenaires de celles-ci, afin d'emporter des marchés.

Car, en arrière-fond des discussions du G8 sur la Chine à propos de l'Afrique, figure une sérieuse rivalité économique.

Il y a quelques semaines, la Chine a organisé à Shangaï une réunion avec la Banque africaine de développement, au cours de laquelle elle a indiqué que son agence de crédit à l'exportation, Exim, financera en Afrique pour plus de 20 milliards de dollars de projets au cours des trois prochaines années; cela fera d'Exim la principale agence de financement sur le continent. Pour l'heure, selon une étude de l'Organisation pour la Coopération économique et le développement (OCDE), 50 pc des contrats pour des marchés publics en Afrique sont remportés par des entreprises chinoises (à 90 pc propriétés de l'Etat). Exim finance déjà 259 projets en Afrique, essentiellement dans la construction d'infrastructures.

Certaines voix, notamment en Afrique du Sud, s'inquiètent par ailleurs de voir que le développement des relations économiques entre la Chine et l'Afrique garde une couleur très "coloniale" : Pékin importe des matières premières en échange de biens manufacturés et de services, sans création de valeur ajoutée en Afrique, donc sans développement.

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