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Les Arabes craignent d’être montrés du doigt

AFP

Mis en ligne le 13/09/2001

Les Arabes craignent d’être durablement montrés du doigt après les attentats aux Etats-Unis, par une opinion internationale prompte à associer islam et terrorisme.

Depuis les attentats suicide mardi sur New York et Washington et les accusations portées contre l’intégriste Oussama ben Laden, l’inquiétude grandit dans les populations arabes, d’être pour longtemps victimes d’un tel amalgame.

La réaction la plus caractéristique est venue des Frères musulmans, en Egypte, un mouvement particulièrement vulnérable à ce type d’accusations, du fait d’un positionnement politique complexe. «Horrifié par les meurtres et explosions» aux Etats-Unis, le mouvement a condamné mercredi «toute les agressions contre les vies humaines, la liberté des peuples et la dignité de l’Homme, dans le monde entier».

Les Frères musulmans sont officiellement interdits en Egypte, où de l’avis des observateurs, ils représentent l’opposition réelle au président Hosni Moubarak. Très actifs dans les mosquées et sur le terrain de l’aide sociale, ils prônent l’instauration d’un état islamique, mais rejettent la violence.

Leurs militants sont souvent arrêtés, parfois condamnés à la prison, mais ils constituent la principale force d’opposition au Parlement, quoique très minoritaire (17 des 454 sièges), s’étant présentés sans étiquette aux législatives de novembre, du fait de l’interdiction qui les frappe. «Ils veulent se démarquer, prévenir les spéculations et les condamnations a priori, car les risques liés à la confusion sont très grands», a expliqué à l’AFP Abdel Alim Mohamed, du centre d’études stratégiques du journal gouvernemental Al Ahram.

Le rédacteur en chef du quotidien de l’opposition libérale Al-Wafd, Abbas Al-Tarabili, exprime la même crainte de l’amalgame, redoutant que «le Proche-Orient porte le fardeau de tous ces attentats, et que les Etats-Unis assimilent violence et Proche-Orient».

Le ministre israélien de la Défense, Binyamin Ben Eliezer, affirmait mardi que «le terrorisme de l’islam extrémiste» représentait «la principale menace qui plane de nos jours sur le monde libre».

L’inquiétude d’être, pour longtemps, montré du doigt, s’exprime également chez les Palestiniens, et ailleurs dans la région. «Je suis désolé pour les civils qui ont été tués, mais je crains que ce soient les Palestiniens et les Arabes qui en payent le prix», déclarait mercredi Moussa Mohammed, 37 ans, un commerçant de Ramallah (Cisjordanie).

«Israël va exploiter la situation pour lancer des attaques massives contre les Palestiniens, étant donné que ce sont des Arabes qui sont accusés. Je crains également que tout le monde en Occident mette l’étiquette de terroriste sur les musulmans et arabes», ajoutait-il.

Dans un message clair au peuple américain, le président palestinien Yasser Arafat a donné son sang, mercredi à Gaza, pour les victimes de la «tragédie» aux Etats-Unis.

A Dubaï, le quotidien Al-Bayan estime que les médias américains «doivent se méfier des allégations sionistes montrant les Arabes du doigt, dans une tentative d’exploiter les attentats pour soulever une vague de haine en Occident contre les Arabes et les musulmans».

«Mettre tous les Arabes et les musulmans dans le même sac serait une grave erreur, car la majorité écrasante d’entre eux abhorre le terrorisme, dont ils sont les premiers à souffrir aux mains d’Israël et ce avec un soutien international tacite», écrit pour sa part le journal Al Watan, au Qatar.

Quant au quotidien soudanais Al Sahafi, il accuse la presse occidentale de montrer invariablement l’islam «comme un phénomène extrémiste» et «de qualifier de terroristes, extrémistes et arriérés tous les systèmes qui ne sont pas en conformité avec le mode de vie occidental».

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