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«Pour tous ceux qui voudraient pleurer...»
Mis en ligne le 13/09/2001
«Ce soir, à nouveau, il n'y aura pas de matches de base-ball. Ce soir, je devais aller voir le match des Yankees contre les Chicago White Sox. Ce soir encore, le Yankee Stadium restera vide. New York est aujourd'hui un immense vide. Le rideau est baissé sur Broadway. Times Square a éteint ses lumières. Seul le journal lumineux de l'Associated Press déverse encore son flot de dépêches, que plus personne ne lit.
Les rues sont silencieuses. D'un silence oppressant et terrible. Toute la journée, le maire Giulani est apparu à la télévision, coiffé tantôt d'une casquette du F.D.N.Y. (les pompiers), tantôt d'une casquette du N.Y.P.D. (la police), exhortant les New-Yorkais à ne pas rester cloîtrés chez eux, à sortir, à aller au restaurant, à faire du shopping. Les New-Yorkais sont sortis, l'air hagard, mais la plupart des magasins sont restés fermés. (...) La télévision américaine, d'ordinaire si prompte au sensationnalisme, est restée d'une surprenante sobriété. Sur ABC, le présentateur des informations, effondré, a dû se faire remplacer en direct par un collègue». (...)
«MISSING X»
«Un peu partout apparaissent des affichettes «Missing X», «Have you seen Y ?», comme s'il restait encore un dérisoire espoir de les retrouver vivants. Ce matin, je suis quand même allé travailler. (...). Les gardes de la Mission, qui d'ordinaire me laissaient rentrer avec un grand sourire, m'ont fouillé, et j'ai du produire les documents attestant que je travaillais bien pour la Mission. (...)
L'après-midi, je suis allé à l'université, transformée en centre médical et en gigantesque dortoir. L'organisation des secours, la prise en charge des blessés et des sans-abris est absolument remarquable. Il y a toujours d'immenses files devant les centres de don de sang, partout on distribue de la nourriture et des boissons. Tout ce que New York compte de psys, de prêtres, d'analystes, se trouve regroupé dans des centres d'accueil mis à la disposition de tous ceux qui voudraient simplement pleurer.
Dans le hall d'entrée de NYU, il y a cet immense panneau : «Call your parents ! Tell them you're alive.»
Le vent a ramené vers le nord de la ville la fumée et la poussière. New York est submergée par une énorme nappe de fumée.
L'odeur est âcre, irrespirable. Beaucoup de gens se promènent avec des masques sur la bouche et des visières sur les yeux, improbables extra-terrestres dans une ville de science-fiction».
© La Libre Belgique 2001
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