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Quel impact a l'image sur les plus fragilisés ?
PAR LAURENCE BERTELS
Mis en ligne le 13/09/2001
ENTRETIENS
Les images traumatisantes de l'attentat perpétré aux Etats-Unis mardi 11 septembre ont défilé sur les télés du monde entier. Leur impact est-il plus important auprès des fragilisés:les dépressifs, les grippés, les enfants, les adolescents, les personnes âgées, les isolés socialement ou économiquement, les membres de minorités, notamment religieuses? Nous avons interrogé deux spécialistes qui donnent plusieurs pistes. Tous deux confirment que la question est très présente en consultation mais aussi dans les cours de récré, dans la rue, dans les salles d'attente, dans les homes.
«Parlons-en le plus possible» nous dit à ce propos le psychiatre, psychologue et psychanalyste français Michel Hanus.
Telle est aussi la conclusion du pédopsychiatre Philippe van Meerbeek.
1. L'impact de l'image
Michel Hanus. L'impact des images a été d'autant plus grand qu'elles avaient déjà été vues en fiction mais jamais dans la réalité. Or, cette superposition fiction réalité est lourde à vivre et a notamment été évoquée dans certains cours de philosophie car la question est très présente à l'école.
Philippe van Meerbeeck. L'effet traumatique est toujours lié au vécu de chacun, au désir inconscient auquel les faits se rapportent. Par exemple, quand un enfant naît en bas âge, son aîné risque de culpabiliser car il a pu inconsciemment souhaiter ce décès.
Beaucoup de gens qui sont atteints de psychoses ont le sentiment d'avoir déjà vécu les événements du mardi 11 août. Ils ont une vie imaginaire percutante et croient qu'ils ont déjà été la cible de services secrets. Ces sentiments sont ranimés par ces images. Ils se sentent même responsables.
Pour d'autres, les images de la tour en feu sont une symbolique universelle, phallique, pulsionnelle qui met en scène une part de l'inconscient. Cette image est d'ailleurs souvent présente dans les montages des jeux de rôles d'adolescents
2. L'actualité en direct
M. H. Les moyens de communication actuels sont très anxiogènes. Ils participent au choc, nous privent du recul nécessaire. Si les informations arrivaient plus au compte-gouttes, nous pourrions peut-être mieux les recevoir.
Ph. v. M. L'actualité vécue ainsi en direct ravive tout un refoulé qui fait que les gens sont pris par une fascination anxieuse. Ils regardent les images jusqu'à plus soif. Ils sont pris dans une panique, dans la névrose qu'on a tous. Nous sommes tous un peu névrosés phobiques. Nous avons une image extrêmement phobique, obsédante qui passe en répétition et provoque un sentiment d'impuissance d'autant plus grand qu'on vit l'événement en temps réel. Nous sommes donc tous fouettés dans notre angoisse existentielle.
3. Réactions des fragilisés
M. H. Face à de tels événements, les personnes dites plus fragiles ont souvent un plus grand besoin de stigmatiser, de comprendre, de connaître le coupable pour pouvoir canaliser leur colère. Les personnes les plus faibles sont aussi celles qui risquent de faire le plus facilement l'amalgame entre les musulmans et les islamistes, ce dont souffrent les musulmans.
Les réactions des adolescents, elles, ne sont pas univoques. Certains réagissent comme la plupart des adultes en qualifiant les faits «d'affreux, d'inhumains, d'inimaginables». «On a du mal à y croire» nous disent-ils. Quant aux personnes âgées, elles sont stupéfiées et déclarent n'avoir jamais vu cela.
Ph. v. M. Les adolescents que j'ai rencontrés depuis mardi ne vivent pas tous les choses de la même façon. Certains sont indifférents. D'autres sont collés aux images, complètement paniqués. Plusieurs patients ont pété les plombs. Je crois que la majorité des psy pourront le confirmer. C'est d'ailleurs normal. Nous devons alors les aider à retomber sur terre.
4. Quelle aide apporter
M. H. Au Liban, on a constaté que les enfants étaient très sensibles aux réactions de leurs parents, si ceux-ci n'avaient pas (trop) peur des bombes, ceux-là non plus. Le plus important est de pouvoir en parler.
Ph. v. M. Parler, débattre, s'informer, prendre position. On assiste à de grandes discussions dans les bureaux. Les frustrés, les blessés prennent parti pour les kamikazes, d'autres sont pro Américains. Le pire est d'être isolé face aux images. La presse peut aussi avoir un rôle préventif.
© La Libre Belgique 2001
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