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ATTENTATS
L'enquête est devenue largement internationale
R.P. (avec AFP et Reuters)
Mis en ligne le 13/09/2001
L'ennui, dans les enquêtes de première envergure, c'est que les effets d'annonce s'y succèdent toujours en donnant à penser qu'une solution est proche. Or, même si le travail coordonné aux Etats-Unis par le FBI a pris un départ fulgurant, il faut se garder de tirer, déjà, des conclusions qui seraient trop hâtives. Ainsi, la rédaction de «Planet Internet», qui a effectué des recherches sur Internet, a indiqué avoir découvert que l'un des suspects, un des frères Bukhari identifiés mercredi par les enquêteurs présents à Boston, serait en réalité décédé voilà un an, dans un accident d'avion survenu le... 11 septembre 2000. Singulier «anniversaire»... Peut-être des certitudes existeront-elles à court terme? En attendant, la traque se poursuit.
Fait notable, elle est passée jeudi par la France, où les magistrats antiterroristes se sont intéressés à d'éventuels liens entre des réseaux islamistes implantés dans l'Hexagone et les attentats de mardi. Le parquet de Paris avait ouvert mercredi une enquête préliminaire sur ces possibles connexions, afin de donner aux enquêteurs un cadre juridique pour effectuer les investigations nécessaires. Le travail serait en pratique confié à la Direction de la surveillance du territoire (DST, le contre-espionnage) et à la brigade antiterroriste de la préfecture de Paris et a, dans un premier temps, pour vocation de centraliser les renseignements pouvant être obtenus en France sur les attentats. Elément déclenchant: les déclarations d'un témoin qui a dénoncé des agissements suspects observés en région parisienne. Des renseignements ont en outre été demandés par les Etats-Unis sur un Franco-Algérien de 31 ans, parti prendre des leçons de pilotage à Boston (USA), en août, et qui, au préalable, a effectué plusieurs voyages en Afghanistan. Cet «élève», nanti d'un faux passeport, était détenu jeudi par la police américaine.
En Italie - où on apprend qu'une cellule de soutien aux Taliban est implantée à Milan -, les autorités judiciaires ont révélé que des documents d'identité et une carte d'accès appartenant à du personnel de la compagnie aérienne American Airlines avaient été volés au mois d'avril dernier dans un hôtel de Rome.
Sur l'île de Terceira (Açores), où se trouve une base américaine, la police portugaise a interpellé trois hommes qui détenaient de faux passeports. Deux sont donnés pour Iraniens, le troisième pour Marocain. Le FBI va les interroger.
UNE PISTE À HAMBOURG
Plus significatif: la piste des kamikazes passerait par l'Allemagne, à en croire les informations apparues jeudi et qui indiquent qu'une enquête y a été ouverte à propos d'une association terroriste islamiste implantée à Hambourg. Le procureur général fédéral allemand, Kay Nehm, a précisé que ce groupement, suspecté d'être intervenu directement dans les attentats commis voilà trois jours, aurait été constitué au début de l'année par des personnes d'origine arabe, aux convictions islamistes fondamentalistes marquées et résidant dans cette ville.
Précis, les premiers renseignements font penser à la justice allemande que le but du groupe était « d'attaquer les Etats-Unis en détruisant de manière spectaculaire des bâtiments hautement symboliques, en collaboration avec d'autres groupements islamistes fondamentalistes à l'étranger
».
L'un des membres de ce groupe serait connu, les autres, non. On n'en savait guère plus, jeudi soir, sauf qu'un employé d'aéroport avait été interpellé, la veille au soir, grâce à des indications recueillies par le FBI dans des locaux utilisés à Boston par deux auteurs présumés des attentats, Mohamed Atta et Marwan Al-Shehhi, inscrits parmi les passagers des vols dirigés contre les «twins» new-yorkaises.
Par ailleurs, on a appris jeudi que, voilà près d'un an, 14 islamistes ont reçu une formation spéciale sur des avions civils, notamment des Boeing de la compagnie afghane Ariana Airlines. Selon des sources proches de l'enquête, il s'agissait de Pakistanais, d'Afghans et de ressortissants de pays arabes. Certains possédaient un passeport européen et parlaient couramment l'anglais.
En Belgique aussi, mais à moindre échelle, les enquêteurs sont à pied d'oeuvre et revisitent une vieille piste qui concerne l'infiltration d'intégristes au Canada, via notre pays.
Enfin, on estime désormais qu'une cinquantaine de terroristes, pas davantage, sont à l'origine du drame, qu'ils aient été au sol ou en vol.
© La Libre Belgique 2001
Savoir Plus
Des couteaux dans un avion? Cela peut d'autant plus surprendre que les terroristes n'ont apparemment eu aucun mal à emporter rasoirs et cutters, selon les témoignages donnés par des passagers via les téléphones portables. En réalité, cela n'est pas aussi surprenant qu'il y paraît. Pour deux raisons.
La première tient à l'organisation des contrôles sur les lignes aériennes intérieures, aux Etats-Unis. Les passagers qui prennent l'avion en direction de l'Amérique du nord, de l'étranger, subissent un contrôle à l'embarquement: multiples questions sur le voyage, vérification que les bagages n'ont pas été laissés sans surveillance ou qu'on n'a pas accepté de colis pour un tiers, passage desdits bagages dans un détecteur à rayons X, etc. C'est du sérieux. En revanche, à l'intérieur des Etats-Unis, l'intensité de ces contrôles faiblit considérablement, les mouvements de passagers entre correspondances se font plus rapidement, parfois même dans la précipitation, sans contrôle réel. Bref, pour des résidents américains ou pour des personnes arrivées sur le territoire sous l'apparence de l'innocence, franchir les «barrages» intérieurs est plus aisé.
Mais de toute façon, on en arrive, technologie moderne et imagination aidant, aux limites des capacités de détection. Le meilleur exemple? Les armes à feu dont le corps et les pièces mobiles sont en céramique, seul le percuteur restant métallique. Très simples, à notre connaissance limitées à un coup, elles sont aisément démontables. Les détecter, hors fouille manuelle, est quasi impossible: leurs éléments se remarquent peu aux rayons X - et pas du tout sur certaines machines plus anciennes -, d'une part, et ils peuvent prendre des formes assez diverses, d'autre part. Bref, pour les agents chargés de surveiller les écrans, elles sont quasi invisibles. Plus simple, encore: à l'heure où apparaissent des armes blanches en matériaux composites, également quasi indétectables, il reste possible de dissimuler même des éléments métalliques, pourvu qu'on prenne la «précaution» d'en masquer la forme par d'autres, anodins ceux-là, en vue du passage aux rayons X. Ainsi, les cutters dont on fait état pour les attentats de New York et Washington ont par exemple pu être dissimulés dans des plumiers contenant des stylos en métal. Et les lames de rasoir dans des rasoirs... « De toute façon, on ne peut pas tout prévoir», explique un agent de sécurité. « Imaginez qu'un jour des pirates de l'air s'arment de petites sarbacanes et de fléchettes empoisonnées, nous n'y verrons que du feu ». (R.P.)
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