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"La solidarité,c’est plus qu’une affaire de mots"

PAR PAUL PIRET

Mis en ligne le 13/09/2001

Ainsi dit le Premier ministre Guy Verhofstadt, jeudi soir au Parlement. Manière d’indiquer que l’engagement de la Belgique aux côtés de l’Otan pourrait aller au-delà d’une formule académique de circonstance. Or, si le consensus de la classe politique est total sur le principe, il pourrait en aller autrement dans sa concrétisation

ÉCLAIRAGE

La Belgique n'échappe pas à la règle. Comme chacun des partenaires des Etats-Unis au sein de l'Otan, elle a convenu d'assimiler les raids terroristes de mardi aux «attaques armées» invoquées par l'article 5 du traité fondateur de l'Alliance. A cette enseigne, ainsi qu'il est expliqué ci-devant (page 5), chacun des partenaires doit assistance au membre qui a été attaqué.

Plus ou moins évidente, la décision n'en a pas moins fait l'objet d'un comité ministériel restreint, mercredi soir. Et elle a été assortie de cette explication, qui est aussi une nuance: la situation actuelle ne correspondant pas au schéma de guerre classique, qui veut qu'un adversaire soit clairement déclaré et identifié, il faudra voir, bientôt ou plus tard, quelle forme concrète peut prendre l'application dudit article 5.

Le Premier ministre Guy Verhofstadt, très laconique là-dessus jeudi soir devant des commissions réunies de la Chambre et du Sénat, a démenti que s'exprimât par là quelque réserve du gouvernement. Formellement, c'est exact: l'article en question prévoit lui-même que 1. chacune des parties prend «telle action qu'elle juge nécessaire» ; et que 2. il peut y avoir d'autres formes d'assistance que «l'emploi de la force armée».

N'empêche, par bribes et morceaux, on peut reconstituer que derrière l'unanimisme commandé par les circonstances, apparaissent des doutes, des différences de ton et de sensibilité, voire des divergences dans la majorité hexapartite. Ce «kern» de mercredi n'a été ni long ni tendu. N'empêche. Le SP y est arrivé avec tout son antimilitarisme historique; l'un ou l'autre ont mis en garde le Premier contre tout américanisme galopant; le ministre de la Défense André Flahaut aurait bien voulu introduire un amendement qui explicite davantage - si nécessaire encore, malgré le libellé et l'exégèse de l'article 5 du traité - que les alliés «continueront de se consulter et de se coordonner sur les actions à entreprendre».

Bref, en Belgique comme dans d'autres pays européens, si pas davantage en Belgique qu'ailleurs, on ne peut exclure qu'une fois acquises «l'imputabilité des faits, l'identité des coupables et l'implication d'un ou plusieurs Etats», pour reprendre les termes d'un communiqué commun Ecolo-Agalev, des tensions apparaissent dans un gouvernement «libre de déterminer l'opportunité et la nature de l'assistance qu'il fournira dans le contexte de la riposte à l'agression», comme disent les verts toujours.

D'ailleurs, ou on se trompe fort, ce n'est pas au hasard que l'on doit l'insistance que voici de Guy Verhofstadt, hier devant des parlementaires, observateurs et fonctionnaires en nombreà la Chambre: «Chaque Etat membre déterminera la nature de ses actions. Les partenaires de l'Alliance devront être consultés. Mais que les choses soient claires, je souligne, au nom du gouvernement tout entier, que la solidarité est plus qu'une affaire de mots». Plusieurs des douze intervenants au débat vont renchérir: «La solidarité n'est pas divisible, c'est un engagement» (Daniel Ducarme, au titre de député européen PRL). Mais aussi avertir: «La réponse ne sera pas simple» (Jef Tavernier, député Agalev). Ou prévenir: «L'Europe doit être solidaire de l'Amérique, mais aussi de tous les peuples qui souffrent» (Philippe Moureaux, sénateur PS).

CONSENSUS

Cela étant, l'échange sera comme on l'attendait: serein et consensuel. Hors clivages majorité/oppposition et autres:

«Nous vous exprimons notre entier soutien», explique Joëlle Milquet, présidente du PSC. Des intervenants CVP, VU, et même - à sa manière - Blok iront dans le même sens.

C'est que l'émotion reste vive et sincère - «J'en ai des nausées», confie Dirk Van der Maelen (député SP), tandis qu'un Moureaux ému livre ses souvenirs de môme émerveillé, à la Libération, par l'arrivée des premiers soldats américains... C'est, aussi, que l'implication dans l'Otan ne saurait à ce stade être contestée - «La réaction de l'Otan est la seule réaction logique», pour Fientje Moerman (députée VLD).

Personne pour la contredire. Mais Van der Maelen voudrait un front plus large que l'Otan. Et Paul Galand (sénateur Ecolo) félicite Louis Michel, le ministre des Affaires étrangères, pour avoir dit que nous n'étions pas dans une logique de guerre, mais d'une punition de coupables. Et plusieurs de mettre en garde contre toute «diabolisation»- genre «le monde arabe», précise Ducarme. Et plusieurs enfin d'aller au-delà, rêvant justement à un monde plus juste...

© La Libre Belgique 2001

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Humanité, et sérénité aussi
"On ne peut qualifier les actes terroristes de mardi que comme des actes de barbarie, des crimes contre l'humanité, dirigés contre les Etats-Unis et contre nos sociétés ouvertes, basées sur la multiculturalité, la tolérance et la démocratie», disait ou redisait le Premier ministre, jeudi soir, au Parlement.
"A côté de la nécessaire solidarité avec un pays agressé, les responsables politiques doivent s'attaquer aux causes du terrorisme qui résident dans l'inégale répartition du pouvoir et des richesses mondiales, dans l'absence de démocratie et de respect des droits humains dans de nombreuses parties du globe et dans l'impunité dont jouissent de nombreux criminels et trafiquants», ont communiqué les secrétariats et parlementaires d'Ecolo-Agalev.
"La solidarité avec les Etats-Unis doit s'exprimer dans tous les domaines, notamment au sein de l'Otan, mais l'Europe a un devoir de sérénité à remplir afin de faire entendre la voix de la raison», expliquait, jeudi encore, le président du PS, Elio Di Rupo.
"En disant toute l'horreur que nous inspirent ces actes criminels, nous pensons qu'il serait extrêmement dommageable que la réponse apportée aille dans le sens d'un durcissement des positions américaines et occidentales. Les mesures de sécurité sont inopérantes si elles ne s'accompagnent pas d'une réelle volonté de résoudre les problèmes politiques, économiques et sociaux dans le monde», commente, côté associatif, la Coordination nationale d'action pour la paix et la démocratie.

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