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espagne
Un devoir de mémoire indispensable
christian laporte
Mis en ligne le 29/10/2007
La transition démocratique qui avait permis à l'Espagne de retrouver très vite le camp des démocraties européennes avait été érigée en exemple. De fait, par réalisme politique, l'on avait largement couvert le passé du manteau de l'oubli alors qu'un an avant la mort de Franco, l'on avait encore garrotté Salvador Puig Antich, un jeune militant anarchiste du Mouvement ibérique de libération... Mais l'on était passé sans réelles violences de la dictature à la monarchie constitutionnelle et cette dernière avait montré en février 1981 lors du "golpe" manqué du colonel Tejero qu'elle avait définitivement choisi son camp.
L'on ne se débarrasse cependant pas aussi vite de son passé. C'est pourquoi l'actuel gouvernement dirigé par José Luis Zapatero, petit-fils d'un capitaine républicain fusillé par les troupes de Franco a promis de promulguer une loi de la mémoire historique. Pour le gouvernement socialiste, le moment est venu après trois décennies d'amnistie qui fut souvent synonyme d'amnésie de réhabiliter la mémoire des victimes de la guerre civile et de la dictature franquiste, même si cela doit raviver certaines plaies. On notera que le projet prévoit de reconnaître les victimes des deux camps et donc aussi celles de la persécution religieuse. Par ailleurs, elle doit aussi restaurer l'honneur des victimes de la répression pendant la dictature et restaurer le droit à la nationalité espagnole pour les enfants des exilés.
Mais le projet comporte aussi un volet qui devrait permettre à des centaines de familles de pouvoir, enfin, faire leur deuil : il entend contraindre les administrations à financer la localisation des fosses communes. Enfin, la "défranquisation" ne pourra être complète que si l'on oblige aussi les pouvoirs locaux de retirer les monuments ainsi que les plaques et les noms de rues qui exaltent le soulèvement militaire, la guerre civile ou la répression. Considéré comme un devoir de mémoire par le Parti socialiste, le projet est vivement combattu par le Parti populaire qui accuse Zapatero d'être "obsédé par le passé". Et la droite de rappeler que si la transition démocratique a réussi, c'est précisément parce que l'Espagne a évité d'évoquer la guerre à ce moment-là.
Comparaison n'est certes pas raison mais comment ne pas se rappeler que dans un souci de pacification nationale, Léopold III et tous les principaux acteurs de la Question royale avaient décidé de faire l'impasse et de ne plus revenir sur le sujet. Si cela pouvait se concevoir des années 50 à la disparition des participants de première ligne, la vérité historique gardait évidemment ses droits.
Le rôle du bourreau occulté
Le "hic" est qu'en Espagne, l'Eglise catholique n'entend pas admettre qu'elle a pu se tromper en soutenant une véritable croisade contre les républicains. Dès 1931, les évêques s'étaient élevés contre la République. Pendant la guerre civile, ils avaient selon la formule de Georges Bernanos "sacralisé la terreur" tout en subissant aussi, c'est indéniable, les excès du camp adverse.
L'on comprend mieux dès lors pourquoi la béatification de masse de ce dimanche 28 octobre était un peu malvenue. Pour l'historien Julian Casanova, un des meilleurs spécialistes de la guerre civile espagnole, "l'Eglise a le droit tout à fait légitime de sanctifier ses martyrs mais le problème est qu'elle défend la morale des vainqueurs contre celle des vaincus. Elle béatifie les siens en se posant en victime, ce qui lui permet d'occulter son rôle de bourreau"...
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