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Victimes avant tout des anarchistes au nom de leur foi ?
christian laporte
Mis en ligne le 29/10/2007
analyse
Don Armand Puig est un théologien catalan bien au fait de l'histoire récente de l'Espagne. Peu suspect de sympathies pro-franquistes, loin s'en faut, ce professeur de l'université de Barcelone tient à nuancer pour le moins l'assertion selon laquelle les 498 martyrs, célébrés dimanche par l'Eglise catholique à Rome, sont morts en franquistes avérés et militants.
"Les neuf dixièmes des personnes qui ont été béatifiées n'ont pas été exécutées par les républicains, mais plutôt par les anarchistes", explique Don Puig. Et de préciser que "cela se situe surtout autour du mois de septembre 1936 à la faveur de l'insur rection de Franco. A l'époque, il régnait un horrible chaos en Espagne et avant même que l'armée ne s'installe au pouvoir, des forces anarchistes ont voulu éliminer tous ceux que l'on pouvait globalement situer dans les milieux proches du capital, de l'armée et de l'Eglise, c'est-à-dire les milieux qui, tout naturellement, devaient être proches de Francisco Franco et des siens".
Le gouvernement républicain ennuyé
"De facto, poursuit l'intellectuel catalan, l'Eglise a le plus payé entre septembre et novembre 1936, car les autres cercles de la société que les anarchistes visaient avaient pu se mettre à l'abri. Il semble même, selon les archives, que le gouvernement républicain avait encore tenté de s'interposer, mais il n'avait plus pu le faire. Mais cela change quand même la donne : il est erroné de dire que tous les martyrs étaient nécessairement et définitivement acquis à la cause franquiste"... Pour Don Armand Puig, même si d'aucuns auront de la peine à faire la distinction, "la situation était différente pour les catholiques qui se sont retrouvés dans le camp républicain. Lorsque le Caudillo a instauré la répression en 1937, leur engagement était d'ordre politique, voire régionaliste essentiellement". Et le théologien de demander, dès lors, de bien discerner les situations. Tout comme d'autres voix ecclésiales que l'on a pu lire dans nos colonnes, il constate que l'on fait à tort un amalgame entre les béatifications et la discussion du projet de la loi sur la mémoire historique.
L'abbé Jean-Pierre Delville, qui est également historien, resitue, de son côté, la tension actuelle dans le contexte général de l'histoire espagnole. Plus ancienne comme plus récente... "Il y a toujours eu de très fortes polarisations dans la péninsule ibérique. Je pense, par exemple, au début de la Démocratie chrétienne dans les années 1920. Il y a eu de très fortes oppositions entre la gauche de l'Eglise et des partis conservateurs très nettement marqués à droite. C'est aller tellement loin que Mgr Antoine Pottier, qui joua un rôle décisif dans l'implantation de la Démocratie chrétienne chez nous, fut l'objet d'attaques très virulentes en Espagne."
Jean-Pierre Delville est, par ailleurs, proche de la Communauté Sant'Egidio et de son fondateur Andrea Riccardi qui a réalisé une étude magistrale sur les martyrs chrétiens du siècle dernier.
"Il est frappant de constater qu'au cours des cent dernières années, il y a eu pour ainsi dire plus de martyrs qu'au cours des 19 siècles précédents. Et ce n'est pas sans intérêt dans le débat qui nous préoccupe, pour Riccardi, il s'agit très largement de martyrs de la foi et non de telle ou telle cause politique. Même si elles se croisent souvent..." Le mot (provisoire) de la fin reviendra à Riccardi lui-même. Dans la perspective des cérémonies de dimanche, il rappelait que l'Eglise avait un sérieux retard à rattraper. "Jean-Paul II a ouvert la voie pour rendre justice aux victimes de cette apocalypse moderne qui n'est que trop une réalité contemporaine. Il nous incombe de poursuivre ce combat..."
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