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Chirac est mis en examen

BERNARD DELATTRE

Mis en ligne le 22/11/2007

Pour détournements de fonds publics, dans une vieille affaire d'emplois de complaisance présumés à Paris quand il en était le maire. C'est une grande première, dans le chef d'un ancien Président. Et pas un hasard ?
CORRESPONDANT PERMANENT A PARIS

Et de deux. Jacques Chirac est de nouveau entré dans l'Histoire de la Cinquième République mercredi. En juillet dernier déjà (lire ci-dessous), il avait été le premier ancien Président (1995-2007) à être entendu par un juge. Mercredi, après avoir à nouveau été auditionné pendant plusieurs heures, il est devenu le premier chef d'Etat sortant à être carrément mis en examen. Et donc à être désormais susceptible d'être traîné devant un tribunal pour y être jugé. Les faits qui lui sont reprochés sont passibles de dix ans de prison et 150 000 euros d'amende.

Jacques Chirac a été mis en examen dans une affaire qui est à l'instruction depuis près de dix ans et qui concerne des détournements de fonds publics présumés avoir été commis il y a longtemps : à la ville de Paris lorsque Jacques Chirac en était le maire (1977-1995). Une vingtaine de chargés de mission sont soupçonnés d'avoir, à l'époque, bénéficié d'emplois de complaisance. Parmi eux, l'épouse de l'ex-ministre UDF Hervé de Charette, le député UMP de Paris Jean de Gaulle, le frère de l'actuel président du Conseil constitutionnel Jean-Louis Debré, ou l'ancien dirigeant syndical Marc Blondel. Plusieurs anciens proches collaborateurs de Jacques Chirac à la mairie ont déjà été mis en examen dans ce dossier : l'ex-maire Jean Tiberi (1995-2001) ou les anciens ministres Robert Pandraud et Michel Roussin.

Jacques Chirac ayant parfois signé de sa propre main ces contrats d'emploi litigieux, il n'a pu mercredi qu'assumer ces embauches. Dans une tribune publiée par "Le Monde", il a soutenu que ces recrutements "souhaités ou autorisés" par lui "étaient légitimes autant que nécessaires" pour la capitale. "Jamais les moyens de la ville de Paris n'ont été mis au service d'autres ambitions que d'agir pour les Parisiennes et les Parisiens", a assuré l'ancien maire. Qui a démenti tout enrichissement personnel. Et a rappelé combien, à l'époque, les lois encadrant l'activité politique étaient souples.

Par la voix de son avocat, Jacques Chirac s'est dit "serein" et "pas mécontent" de pouvoir enfin s'exprimer sur le fond du dossier. Un dossier qui, à ses yeux, a charrié son lot d'interprétations "inexactes", "souvent caricaturales, parfois outrancières", voire "malveillantes".

Plusieurs de ses proches, toutefois, ont fait part de leur amertume. Ainsi, l'ex-président du Conseil constitutionnel Pierre Mazeaud a plaidé pour la "prescription" et "la loi du pardon". L'ancien ministre et secrétaire général de l'Elysée, Philippe Bas, a jugé "dérisoire, clochemerlesque et picrocolin" le bruit fait autour de ce dossier. Le député villepiniste Jean-Pierre Grand, "outré", a accablé "une forme d'inquisition politique sans précédent". Et, dénonçant implicitement un règlement de comptes sarkozyste, a dit croire "de moins en moins au hasard". Son collègue Yves Censi a fustigé des attaques "mensongères, haineuses et d'origine politicienne".

La gauche, a sobrement réclamé le droit au bénéfice de la présomption d'innocence, a regretté le caractère tardif de ces poursuites ou a émis le souhait que la justice frappe pareillement "ceux qui ont aujourd'hui du pouvoir".

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