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Le Tchad attend l'Eufor
AFP
Mis en ligne le 27/01/2008
Les réfugiés soudanais de Farchana, dans l'est du Tchad, en tremblent encore: fin novembre, quand des combats ont éclaté à proximité, les détonations ont fait vibrer le camp. "Il est temps que la force européenne vienne nous protéger", lâche l'un d'eux. "Nous sommes venus ici pour fuir la guerre au Darfour, et maintenant il y a la guerre ici au Tchad", explique Abdallah Ali Souleïmane, responsable d'un bloc de 87 familles dans le camp de Farchana, qui accueille près de 20.000 réfugiés soudanais.
"On a déjà perdu beaucoup de gens, on a peur. On attend les militaires européens", insiste ce cultivateur arrivé en décembre 2004, lorsque son village dans l'ouest du Soudan a été attaqué. Depuis de longs mois, les quelque 241.000 réfugiés du Darfour, tout comme les 179.000 Tchadiens déplacés par les violences dans l'est de leur pays, entendaient parler, sur les radios internationales, de l'Eufor, la force que l'Union européenne (UE) doit déployer dans la région. Sans toutefois la voir arriver.
Après des négociations laborieuses entre les vingt-sept pays de l'UE, la mission de 3.700 hommes qui, sous mandat des Nations unies, devra sécuriser les camps de réfugiés et les sites de déplacés afin de faciliter le travail des humanitaires va enfin être lancée cette semaine. Pour les réfugiés du camp de Farchana, une vaste étendue balayée par le vent et le sable, c'est un soulagement.
"Les habitants des lieux ont mis en place un comité de vigilance de 25 hommes et 25 femmes, tous réfugiés, qui patrouillent la nuit et prennent en main leur propre sécurité", souligne une employée tchadienne du Haut Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR). "Mais nous manquons de matériel, et nous travaillons bénévolement", déplore Abdallah Ali Souleïmane. "Dès que nous nous éloignons du camp, pour aller aux champs ou chercher du bois, l'insécurité est très grande".
Comme chacun des douze camps de réfugiés soudanais de l'est du Tchad, celui de Farchana, à une cinquantaine de kilomètres de la frontière avec le Soudan, est "protégé" par 18 gendarmes tchadiens.
Affalés sous une tente à l'entrée du site, en pleine chaleur, ces derniers ne sont pas très mobiles: un pick-up, souvent en panne, et une moto sont leurs seuls moyens de transport pour se déplacer dans cette petite ville de cases en paille et de tentes. Officiellement, la sécurité est garantie, se félicite le chef de cette unité. Mais en aparté, ses hommes disent le contraire: "nous ne sommes pas assez nombreux", plaide un gendarme. Parallèlement à la force européenne, 300 policiers de l'ONU s'installent progressivement au Tchad pour former 850 gendarmes tchadiens censés renforcer la sécurité dans les camps.
Car les dispositifs en place n'empêchent pas les incidents, constate le responsable du HCR à Farchana, Gervais Koutangni. "Un véhicule humanitaire a été volé récemment, et le camp est loin d'être une forteresse".
A cette "insécurité générale" vient s'ajouter le conflit entre l'armée et les rebelles tchadiens. Le 26 novembre, des combats d'une rare violence ont éclaté à Abou Goulem, à une quinzaine de kilomètres à l'ouest de Farchana. "Le plafond de mon bureau a vibré", raconte Gervais Koutangni, "les réfugiés ont eu peur, d'autant plus que certains ont leurs champs dans cette zone".
Le responsable onusien espère donc que l'Eufor "permettra de renforcer le dispositif de sécurité, et de patrouiller dans une zone plus vaste autour des camps".
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