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Tibet

Un supplice tibétain pour les Chinois

Philippe Paquet

Mis en ligne le 15/03/2008

Les manifestations se sont poursuivies et ont pris un tour très violent à Lhassa. Plusieurs morts et blessés dans une ville où la situation est qualifiée de "chaotique". La contestation a gagné d'autres régions, notamment dans la province de Gansu.

Des manifestations, qui se poursuivaient depuis cinq jours à Lhassa, ont pris vendredi un tour violent et plongé la capitale tibétaine dans une situation que certains témoins ont qualifiée de "chaotique".

Les affrontements entre nationalistes tibétains - des moines rejoints par des laïcs - et les forces de l'ordre chinoises ont fait plusieurs morts et un nombre indéterminé de blessés. "Bien sûr qu'il y a des morts", a déclaré à l'Agence France Presse une employée du Centre des urgences médicales jointe par téléphone à Lhassa. "Nous sommes très occupés avec les blessés. Il y en a beaucoup ici", a-t-elle ajouté.

Selon un journaliste de la BBC sur place, les manifestants avaient "pris le contrôle du centre-ville", s'attaquant à des magasins et des restaurants tenus par des Chinois : certains ont été la cible de jets de pierres; d'autres ont été incendiés et pillés. Des marchandises ont été brûlées en rue sur des bûchers improvisés. Des véhicules ont également été incendiés.

Les autorités ont réagi brutalement, tirant à balles réelles sur les émeutiers. Des témoins ont signalé au moins deux cadavres. Des blindés ont pris position dans les rues dans lesquelles toute circulation est en pratique interdite. Les principaux monastères et de nombreux bars et restaurants sont fermés.

Les touristes sont confinés dans leurs hôtels, ont indiqué guides et visiteurs contactés par les médias étrangers. Les médias chinois - contrôlés par le Parti communiste - ont, quant à eux, passé les événements sous silence, à l'exception des bulletins en anglais de l'agence officielle "Chine nouvelle", laquelle a brièvement relaté les incendies provoqués dans le Barkhor, le vieux quartier de Lhassa qui est devenu une de ses principales destinations touristiques.

La contestation antichinoise a largement débordé la seule ville de Lhassa. Deux moines, originaires du monastère de Drepung, ont tenté de se suicider et seraient dans un état critique. D'autres ont entamé une grève de la faim dans le fameux monastère de Sera.

Contagion au Gansu

Près de Labrang, une importante lamaserie de ce qui était le "Grand Tibet" et qui se trouve aujourd'hui dans la province chinoise de Gansu, ce sont plusieurs centaines de personnes, voire plusieurs milliers selon certaines sources, qui ont défilé dans les rues vendredi. On ignorait à l'heure de mettre sous presse si la manifestation avait été réprimée et s'il y avait des victimes.

C'est lundi que cette nouvelle vague de protestations - probablement la plus significative en vingt ans - avait commencé, à l'occasion du 49e anniversaire de la fuite en exil du Dalaï Lama, le chef temporel et spirituel du bouddhisme tibétain. Tandis que celui-ci dénonçait, dans un discours prononcé depuis son refuge indien de Dharamsala, des violations "inimaginables" des droits de l'homme, quelque 300 moines avaient manifesté à Lhassa. Le lendemain, ils étaient 600 à réclamer la libération de ceux qui avaient été arrêtés la veille.

Pour les autorités chinoises, cette explosion de violence constitue la première grande crise politique à l'approche des Jeux olympiques de Pékin. Elle matérialise la hantise du régime de voir des éléments hostiles (séparatistes tibétains, musulmans ouïghours, indépendantistes taïwanais, adeptes du Falungong...) tenter de déstabiliser le pays et de provoquer un boycott des JO.

Le défi tombe au plus mauvais moment. Le Parlement chinois est réuni en session annuelle à Pékin et il doit notamment reconduire à leur poste le président Hu Jintao et le Premier ministre Wen Jiabao. Or, ceux-ci ne peuvent prêter le flanc, en pareilles circonstances, à des accusations de faiblesse.

Savoir Plus

L'Everest est inaccessible

Les autorités népalaises ont interdit jusqu'au 10 mai l'accès de l'Everest pour éviter que le passage de la flamme olympique ne soit perturbé par des manifestants. La décision a été prise à la demande de la Chine, a précisé le ministre népalais du Tourisme, Pritivi Subba Gurung, malgré les pertes financières qu'elle entraînera pour le royaume. Les grimpeurs seront autorisés à monter jusqu'au camp de base, mais pas plus haut. L'Everest est situé sur la frontière entre le Népal et la Chine, qui en a interdit son versant dès mercredi. La flamme olympique est censée passer par le sommet de l'Everest début mai, si le temps le permet, sur le parcours qui l'amènera à Pékin pour la cérémonie d'ouverture des Jeux, le 8 août.

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