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Chine

Le Tibet vient troubler la campagne présidentielle à Taiwan

philippe paquet

Mis en ligne le 18/03/2008

Le favori, Ma Ying-jeou, doit concilier condamnation et rapprochement avec Pékin.

Le Tibet a fait une singulière irruption dans la dernière ligne droite de la campagne présidentielle à Taiwan pour mettre en difficulté le candidat du Kuomintang (KMT), Ma Ying-jeou. Donné vainqueur samedi, celui-ci est, en effet, obligé de concilier sa volonté de rapprochement avec Pékin et une nécessaire condamnation de la répression sur le toit du monde. Or, d'aucuns dans son entourage redoutent que l'exercice, en dérapant, produise le genre de retournement de situation qui permit au président sortant, Chen Shui-bian, de se faire réélire contre toute attente il y a quatre ans.

S'adressant lundi à la presse étrangère, M. Ma a été pressé d'aller plus loin que la "vive condamnation" exprimée deux jours plus tôt. L'ex-maire de Taipei a réitéré celle-ci, mais en refusant de se laisser entraîner dans toute analogie entre Taiwan et le Tibet. Frank Hsieh, son adversaire du parti au pouvoir, le Parti démocratique progressiste (DPP), avait déclaré dimanche que les Taïwanais connaîtraient le même sort que les Tibétains si on laissait la Chine se rendre maître du destin de l'île - une allusion au projet de "marché commun" chinois défendu par le colisitier de M. Ma, l'ancien Premier ministre Vincent Siew.

"Taiwan n'est pas le Tibet", a martelé Ma Ying-jeou. "Le Tibet est sous la juridiction de la Chine. Taiwan ne l'est pas. Taiwan est un pays souverain."

KMT et PCC, même credo

S'il plaide pour "une réduction de la tension dans la région du Tibet", M. Ma ne peut s'aventurer dans un désaveu cinglant des autorités chinoises sans prendre le risque de se brouiller irrémédiablement avec celles-ci avant même d'être élu. Sa marge de manoeuvre est d'autant plus étroite que le Kuomintang, tout comme le Parti communiste chinois, considère le Tibet comme partie intégrante du territoire chinois. Le DPP, quant à lui, ne se pose pas la question puisqu'il revendique l'indépendance de Taiwan.

Or, le candidat du KMT fonde une bonne part de son programme électoral sur une amélioration des relations entre Pékin et Taipei, qui ont atteint leur nadir sous les huit années de règne de Chen Shui-bian. "La Chine est une menace, mais elle est aussi une opportunité", a-t-il souligné lundi. "Nous avons besoin de dirigeants pragmatiques à Taiwan pour réduire la menace au minimum et optimaliser l'opportunité."

Quel "marché commun" ?

Ma Ying-jeou en a profité pour recadrer la proposition de "marché commun" qui effraie nombre de Taïwanais en accusant son adversaire d'en caricaturer le contenu et la portée. Frank Hsieh, un opposant historique à la dictature du Kuomintang, a agité le spectre d'une invasion de travailleurs chinois qui mettrait les Taïwanais au chômage...

"Quand a été créée en 1957 la Communauté économique européenne, qu'on appelait aussi 'marché commun', le traité ne prévoyait pas la libre circulation des personnes, qui n'a été mise en place qu'en 1995", a expliqué le candidat, en précisant que "le marché commun" sino-taïwanais n'était de toute façon qu'un "objectif à long terme". Et d'ajouter que sa poursuite supposait que les deux parties "traitent sur un pied d'égalité, dans un esprit de bénéfice mutuel".

Le candidat a encore pris soin de rappeler que les accords de libre-échange que la Chine conclut avec les principaux concurrents de Taiwan menaçaient de marginaliser dangereusement l'île dans un avenir proche. Ce péril paraîtra-t-il plus réel que la peur, bien ancrée dans le sud de Taiwan, fief du DPP, d'une éventuelle attaque des communistes chinois ? De la réponse dépend en partie l'issue du scrutin présidentiel de samedi.

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