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Pays-Bas
"Fitna", le film anti-islam fait débat
AFP
Mis en ligne le 28/03/2008
Les Pays-Bas redoutaient les réactions dans les pays musulmans vendredi, au lendemain de la diffusion du film anti-islam d'un député d'extrême-droite, jugé plus inoffensif qu'annoncé et accueilli avec calme dans le royaume. La presse estimait que "Fitna", court métrage mis jeudi soir sur Internet par le député Geert Wilders (Parti de la liberté, 9 députés sur 150), n'était pas le brûlot annoncé depuis des mois, d'où le calme avec lequel il avait été accueilli aux Pays-Bas, mais les autorités prenaient l'affaire au sérieux.
Dans la nuit, le Premier ministre Jan Peter Balkenende, dont le gouvernement a tenté à plusieurs reprises de dissuader M. Wilders de mener à terme son projet, a fait une déclaration en néerlandais et en anglais sur un ton solennel. "Le film amalgame islam et violence, nous rejetons cette interprétation", a-t-il dit. "Nous regrettons que M. Wilders ait diffusé ce film". "Nous pensons qu'il n'a d'autre but que d'offenser", a ajouté M. Balkenende. "Mais se sentir offensé ne doit jamais être une excuse pour l'agression ou la menace".
La présidence slovène de l'Union européenne a déploré vendredi la diffusion du film, estimant qu'il ne faisait qu'"inciter à la haine". La Haye redoute des manifestations violentes ou des attaques contre les intérêts néerlandais dans les pays musulmans, comme ce fut le cas après la publication de caricatures danoises de Mahomet. M. Wilders a assuré jeudi à l'agence ANP que son film n'était pas "destiné à provoquer le désordre", mais a décliné toute responsabilité en cas de violences ou de boycott des Pays-Bas. Le film mélange des images violentes de terrorisme ou d'exécutions dans des pays musulmans avec des sourates du Coran, justifiant notamment les châtiments exemplaires pour les non-musulmans. L'Iran a vu dans le film une "action répugnante", qui "démontre la poursuite d'une vendetta de la part de citoyens occidentaux contre l'islam et les musulmans". A Amman, des responsables de médias ont annoncé qu'ils allaient poursuivre M. Wilders devant la justice jordanienne et commencer une campagne de boycott de produits néerlandais. Dès l'annonce du projet, en novembre, des pays musulmans comme l'Iran ou l'Egypte s'étaient indignés, menaçant les Pays-Bas d'un boycott économique. Et fin février les talibans ont menacé d'attaquer les quelque 1.660 soldats néerlandais déployés en Afghanistan dans le cadre de la Force internationale d'assistance à la sécurité (Isaf) si ce "film insultant" était diffusé. Le Coordinateur anti-terroriste (NCTb) a toutefois jugé inutile vendredi de relever le niveau d'alerte terroriste, aujourd'hui à "substantiel". Le ministre des Affaires étrangères Maxime Verhagen a indiqué à l'AFP jeudi soir qu'il allait aborder la question vendredi avec ses homologues de l'Union européenne lors d'une réunion en Slovénie.
Vendredi matin les ministres de l'Intégration Ella Vogelaar et de la Justice Ernst Hirsch Ballin rencontraient des représentants des différentes communautés religieuses et des associations d'immigrés aux Pays-Bas.
Tous les journaux manifestaient leur "soulagement", comme titrait le quotidien de gauche De Volkskrant, estimant que "le film de Wilders va beaucoup moins loin que ce que nombreux redoutaient: il ne déchire pas de pages du Coran et le livre saint n'est pas brûlé". "Les organisations musulmanes et les experts jugent le film moins choquant que ce à quoi ils s'attendaient", soulignait Het Algemeen Dagblad (centre). NRC-Next, version matinale du "quotidien de référence" NRC Handelsblad, voyait dans Fitna "une compilation documentaire qui aurait pu être plus dure".
"Fitna offense mais ne surprend pas", estimait quant à lui Trouw (chrétien libéral): "le film tant attendu de Wilders ne contient aucune provocation, pas d'insultes contre le Coran ou le Prophète, et aucune information". "Fitna" (en arabe: division et discorde au sein de l'islam) a été mis en ligne sur le site d'échange de vidéos liveleak.com, spécialisé dans les images d'actualité et de guerre, basé au Royaume uni. Des extraits ont ensuite été diffusés sur plusieurs sites similaires.
La communauté musulmane des Pays-Bas appelle au calme
Des responsables de la communauté musulmane aux Pays-Bas ont lancé vendredi des appels au calme en direction des pays musulmans, au lendemain de la diffusion d'un film anti-islam par le député d'extrême-droite Geert Wilders, déjà critiqué notamment par l'Iran."Nous voulons faire savoir à nos frères musulmans à l'étranger que nous sommes les mieux placés pour analyser les Pays-Bas et analyser Wilders et savoir comment réagir à la situation", a déclaré le président de Conseil national des Marocains, Mohamed Rabbae, lors d'une conférence de presse avec des représentants de plusieurs communautés musulmanes et des imams dans une mosquée de Slotervaart à Amsterdam. C'est dans ce quartier à majorité immigrée qu'a grandi l'islamiste radical maroco-néerlandais Mohamed Bouyeri, meurtrier en novembre 2004 de Theo van Gogh, réalisateur d'un film sur la femme et l'islam.
"Nous appelons (nos frère musulmans) à suivre notre stratégie et à ne pas réagir par des attaques contre des ambassades ou des touristes néerlandais", a-t-il ajouté. "Causer du tort aux Pays-Bas, c'est nous causer du tort. Nous conseillons aux mosquées de conseiller le calme". "Nous nous sentons offensés par le lien entre la violence et l'islam, mais nous connaissons le bonhommme (Geert Wilders, ndlr): la meilleures réponse est une réponse responsable", a encore déclaré M. Rabbae, en anglais cette fois-ci. Geert Wilders (Parti de la liberté, 9 députés sur 150) a mis jeudi soir sur internet "Fitna", un court-métrage amalgamant terrorisme et islam déjà vu par plusieurs millions de personnes. Sa diffusion n'avait pas provoqué le moindre incident aux Pays-Bas vendredi en milieu de journée, mais les autorités redoutent une crise comparable à celle des caricatures danoises de Mahomet, avec des conséquences sur les intérêts ou les ressortissants néerlandais dans les pays musulmans.
Savoir Plus
Geert Wilders rejette toute responsabilité
Le député d'extrême droite néerlandais Geert Wilders a rejeté toute responsabilité en cas de représailles contre les Pays-Bas, vendredi dans un entretien avec l'AFP au lendemain de la diffusion de son film anti-islam, qui suscitait l'indignation de pays musulmans.
"Je suis content des réactions positives, et du fait que nous avons eu une nuit calme (...). Ce n'était pas mon intention de provoquer des émeutes, bien au contraire, je veux encourager le débat", a déclaré M. Wilders.
Quant aux condamnations qui commençaient à venir de pays musulmans, comme l'Iran ou le Bangladesh, le chef du parti de la liberté (PVV, 9 sièges sur 150) a estimé qu'il ne serait pas responsable en cas d'atteinte aux intérêt néerlandais.
"J'espère que cela n'arrivera pas, mais même si cela arrive les responsables seront ceux qui commettront ces actes, pas moi", a-t-il affirmé.
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