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La provocation Wilders

Le bruit sourd d'un rejet radical

Olivier Stevens

Mis en ligne le 28/03/2008

Les témoignages de lassitude face à un communautarisme radical se multiplient. Net décalage entre les discours officiels et la réalité.

Les débats suscités par la vidéo de Geert Wilders auront au moins eu le mérite de délier certaines langues et de faire éclore certains propos trop longtemps restés sous l'éteignoir. Petit florilège de réactions souvent très réfléchies puisque longtemps maturées au gré des difficiles réalités sociales rencontrées.

Caroline, 48 ans, est institutrice dans un établissement public de la chaussée d'Helmet à Schaerbeek. En vingt-cinq ans de carrière, le regard qu'elle porte sur la frange musulmane de sa population scolaire a beaucoup évolué. Avec un net décalage entre le discours officiel et la réalité des faits : "Je suis tous les jours confrontée à un comportement très réfractaire aux règles élémentaires de la vie en société telle que nous la concevons en Europe." Après un long silence, elle précise sa pensée tout en prenant de multiples précautions oratoires : "Naguère encore nous pouvions déplorer le désintérêt pour l'enseignement d'une population issue des couches les plus défavorisées de la population. Aujourd'hui, sauf pour une minorité, on peut parler de dédain voire de rejet. L'appartenance à la communauté musulmane est prétexte à tout : rejet de nos modes vestimentaires, soumission des adolescentes dès la puberté, absence aux cours d'éducation physique pour les filles, menus spécifiques à la cantine, congés scolaires aux dates des fêtes musulmanes, violences physiques. Mais le plus grave, c'est que l'islam est invoqué comme valeur supérieure aux lois qui régissent le fonctionnement de notre société. " Son collègue, Jean-Claude, le look un peu hirsute et la faconde débonnaire renchérit : "Souvent nous avons à intervenir pour faire admettre le simple respect des valeurs de notre société. La jeune génération musulmane semble tenir une attitude plus ambiguë que la précédente. On voit qu'elle n'a pas adhéré à notre système pluraliste." Tous deux partagent le même désarroi. "On a l'impression d'avoir démissionné. Non pas face à une situation sociale difficile mais simplement face à nos valeurs."

On parle aussi aujourd'hui parce que la peur monte. Des histoires déroutantes devenues banales mais qui usent. Un sentiment d'isolement face à une communauté dont on n'a pas pris la mesure véritable. Carine, assistante sociale à Molenbeek : "Aujourd'hui, leur référence première est la communauté. Pas la famille, ni le niveau de vie comme jadis. Dans ces conditions, parler d'intégration est presque désuet." Surtout, son métier la confronte à une non-demande d'assimilation. Le respect de la force comme seule loi. Un déni de la féminité. Un rejet croissant de "l'Occident". " C'est flagrant dans certaines discussions politiques : Al Jazirah est sur le même pied que la RTBF. Le Coran supérieur au code civil. Bush et Israël voués aux gémonies sans argumentation. Ne parlons pas des croisades dont l'imaginaire est très éloigné de celui présenté par Amin Maalouf", explique un médecin molenbeekois.

Enfin, une... Marocaine d'origine berbère, femme d'affaire de 50 ans, vêtue d'un tailleur très moulant, fulmine : "J'ai dû me battre pour sortir de ma condition alors que je vivais encore au Maghreb. Ici j'ai l'impression que l'on régresse. Je ne veux pas être voilée. Je ne veux pas que des jeunes musulmans me traitent impunément et publiquement de p... parce que j'ai choisi de vivre mon célibat comme n'importe quelle femme occidentale. Face à cela l'Europe est lâche."

© La Libre Belgique 2008

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