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La provocation Wilders

Peut-on encore critiquer l'islam ?

Olivier Stevens

Mis en ligne le 28/03/2008

La polémique actuelle souligne le déphasage de deux univers mentaux différents.

O n ne peut nier le rôle de la religion musulmane dans l'expression des désirs frustrés d'une population riche d'un passé éblouissant mais lointain et idéalisé. Pas question non plus de faire l'impasse sur son rôle de catalyseur d'une colère voire d'une fureur née des effets pervers d'une mondialisation débridée dont les bénéficiaires ont délaissé tout projet de "civilisation" (au sens que lui donnait Fernand Braudel).

Faire la part des choses est malaisé mais nécessaire. Il existe bien entendu un "nationalisme islamique" (le terme est d'Ali Laïdi, chercheur à l'IRIS). Il rencontre un double écho : au sein des peuples arabo-musulmans en quête de reconnaissance mais aussi parmi les communautés immigrées, notamment en Europe, en quête d'identité. Certes le salafisme jihadiste est extrêmement minoritaire. Sa vision du monde, totalement stérile pour l'avenir de ceux qu'il prétend défendre, est cependant largement diffusée par de nombreux médias officiels arabes et relayé par de multiples minorités agissantes en Europe.

Le discours entendu dans les mosquées clandestines de certaines banlieues françaises est étonnamment le même que celui défendu par certains universitaires londoniens. Plus étonnant est le silence qui entoure le déploiement de cet "étendard de ralliement" comme l'appelle Regis Debray. Démission ou lâcheté côté occidental, compromission côté des élites musulmanes. Le problème est que ces attitudes compromettent la communauté de destin entre musulmans et européens. Dans notre société, les appartenances collectives sécularisées ont décollé des traditions religieuses au prix d'efforts parfois douloureux mais constants. Le culte est devenu affaire de culture. Au sud de la Méditerranée, mais maintenant dans nos banlieues, à part pour une mince élite, les mentalités collectives se rabattent sur l'effet fédérateur du religieux. Or c'est dans l'espace individuel - et donc dans la culture, lieu d'altérité par excellence - que nos identités européennes se sont lentement forgées. Un malentendu existe. Ou une incompatibilité radicale, dans l'état actuel des choses.

© La Libre Belgique 2008

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