Abonnez-vous a La Libre Belgique

La provocation Wilders

L'islam n'est pas une religion belliciste

ÉCLAIRAGE CHRISTIAN LAPORTE

Mis en ligne le 28/03/2008

L'islam ne prône pas la violence : Allah veut des fidèles "miséricordieux et justes". Soheib Bencheikh remet les pendules à l'heure.

Soyons de bon(s) compte(s) ! Depuis qu'ils ont été diffusés sur l'ensemble de la planète et davantage encore aujourd'hui à l'ère du Net, les textes sacrés du judaïsme, du christianisme et de l'islam ont été "instrumentalisés" de bien des manières pour justifier des guerres saintes ou profanes, des combats de résistance ou de libération et, hélas, aussi le terrorisme.

Par-dessus tout, les lectures littéralistes ont été les pires munitions pour cibler voire exterminer ceux qui professaient d'autres convictions alors qu'ils avaient pourtant tous le même Créateur ! Cela dit, contrairement à une idée parfois répandue, les sociétés "sans Dieu" ne sont pas plus parfaites et au nom de l'athéisme, certains régimes politiques ont aussi tué des millions d'innocents dont la faute a pu être, mais pas nécessairement, d'avoir la foi...

Le temps du trialogue...

Loin de succomber aux thèses d'Huntington et de son "choc des civilisations", l'on a constaté d'heureux rapprochements chez des théologiens ou croyants des trois religions du Livre qui ont voulu mettre en avant ce qui unissait plutôt que ce qui divisait. Chez nous, à Anvers, où la Communauté de Sant'Egidio les a rapprochés, on les a qualifiés du sympathique néologisme de "trialogue". Notre pays et plus particulièrement la famille jésuite, au sens large du terme, a aussi été à la pointe récemment avec la publication des "Versets douloureux" aux Editions Lessius - voir LLB des 4 et 7/3/2008. Le rabbin David Meyer, le P.Yves Simoens, sj et l'ancien grand mufti de Marseille, Soheib Bencheikh ont accepté de "balayer devant leur porte" et de se regarder dans le miroir critique avant de confronter leurs points de vue sur les "excès" de leurs religions respectives.

Un angle utile et intéressant face aux simplismes de Geert Wilders qui mêle citations coraniques et réalités terroristes est apporté par le dernier nommé : "L'absence d'une autorité interprétative centralisée, à l'instar des catholiques, favorise tout autant les lectures les plus fondamentalistes que les commentaires les plus rationalistes." Avec la conséquence que "les voix les plus modérées se voient étouffées dans le brouhaha de beaucoup d'ignorance. Certes, dans l'islam, le croyant reste libre de son interprétation et il en résulte une religion libérale, individuelle et affranchie de toute autorité cléricale".

Comme au VIIe siècle !

Hélas, il y a, à l'inverse, la menace d'interprétations imposées par la force ou par l'intimidation. Et Bencheikh de viser explicitement "certains régimes musulmans qui ne brillent pas toujours par des réformes ou des progrès économiques mais uniquement par une prétendue protection du patrimoine islamique".

Pour Soheib Bencheikh, "la menace actuelle s'identifie à un crime : c'est l'interprétation littéraliste, belliqueuse et obscurantiste des textes". L'ancien grand mufti de Marseille les désigne sans faux-semblant : "Ce sont des groupes wahhabites, salafite ou djidahistes qui veulent imiter le comportement du prophète Mohamed, mais ancré dans le siècle de ce dernier, à savoir celui d'une société tribale du VIIe siècle de notre ère !"

Et pourtant, selon le penseur musulman, "le mode de vie du Prophète, selon les témoignages de l'ensemble des doctes musulmans, n'a jamais fait partie de la religion à suivre. Et donc imiter le Prophète au XXIe siècle en adoptant ses modes vestimentaires, ses goûts, sa façon de manger ou de se comporter relèverait de l'aberration".

Bencheikh demande dès lors aux musulmans de se rapprocher du Prophète "tel qu'il était lui-même en son temps : c'est-à-dire ni marginal, ni extravagant".

Et de manière très pacifique : Soheib Bencheikh "ne brandirait (sa) lame", pour paraphraser un verset coranique, que "dans les contrées musulmanes où la liberté des consciences et d'expression est prohibée".

Le penseur est néanmoins optimiste : "Parce que la barbarie commise au nom de l'islam a définitivement éveillé la conscience internationale, il est désormais clair que l'islam ne peut plus être la propriété d'un groupe de musulmans ou d'Etats musulmans qui veulent en monopoliser l'interprétation."

Pour Bencheikh, "il ne suffit pas de vaincre militairement, comme le prônent les Etats-Unis, l'extrémisme religieux mais il faut extirper les racines de l'idéologie. L'islam a vocation à l'universel mais la tumeur qui ronge son corps est la surenchère politique. La foi de la majorité musulmane reste otage de régimes qui veulent perdurer et de partis extrémistes qui veulent conquérir le pouvoir temporel"

© La Libre Belgique 2008

Autres Informations

À ne pas manquer

BET FIRST

Pariez sur le match de la semaine: Standard-Anderlecht, ce dimanche à 14h30.

Voyages

Destinations exclusives et parcours culturels.

Emploi

Trouvez un job

Facebook

Haut de page