La Libre.be > Actu > International > Article
Jeux Olympiques
Olivier Chastel : "On peut effectivement se montrer déçu"
SABINE VERHEST
Mis en ligne le 31/03/2008
Olivier Chastel, tout frais secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères, représentait la Belgique au Conseil informel des ministres européens qui a abouti, samedi à Brdo, à la publication d'un "communiqué de presse" européen sur le Tibet. Il nous a livré dimanche ses impressions.
Ne regrettez-vous pas que la présidence slovène de l'Union européenne ait tenté d'éluder le débat sur la situation au Tibet ?
Si l'on a finalement pu avoir une discussion complète sur le sujet et adopter un texte, c'est grâce à Bernard Kouchner (ministre français des Affaires étrangères). On peut effectivement se montrer un peu déçu de la manière dont le sujet a été traité, mais ce qui était important, c'était de s'entendre sur une position unanime, de réaffirmer à Vingt-sept notre volonté de défendre les droits de l'homme et de continuer à nous montrer attentifs à ce qu'il se passe au Tibet.
N'êtes-vous pas déçu que toute référence aux Jeux olympiques ait été retirée de la position européenne ?
Je suis personnellement déçu, peut-être naïvement déçu. On part avec plein d'ambitions et de rêves... La première version du texte, rédigée par Kouchner, faisait référence aux Jeux olympiques, non pas en parlant de boycott, mais en disant que les Vingt-sept restaient politiquement attentifs à ce qu'il se passe en Chine dans le contexte des Jeux olympiques. Cela laissait planer un doute pendant plusieurs mois. J'étais favorable à cette version, mais tant ceux qui, comme la Pologne, comptaient boycotter la cérémonie d'ouverture des JO, que les autres, ne voulaient pas mêler le sport aux aspects politiques de défense des droits de l'homme. Et l'on a dû enlever cette référence aux Jeux. Kouchner m'a dit que si je rouvrais le débat, on risquait de sortir sans texte, ce qui aurait été une catastrophe, parce que tout le monde attendait une position européenne sur le Tibet. Une fois vidé de sa substance olympique, le projet de texte était un peu neutre et, sur proposition britannique, nous y avons introduit le fait que la Chine avait toujours dit qu'elle ouvrirait des débats avec le Dalaï Lama s'il renonçait à tout acte de violence et à l'indépendance du Tibet. Or, il l'a réitéré publiquement. En fonction de cette position, l'un d'entre nous - j'ai plaidé pour que ce soit (le Haut représentant de la politique étrangère) Javier Solana - pourra discuter avec les parties, recevoir le Dalaï Lama et aller voir les Chinois en parlant d'une seule voix.
Le communiqué européen reste malgré tout très mou...
J'ai dû me rendre à l'évidence : c'était cela ou rien. L'unanimité des Vingt-sept ne pouvait aller que jusqu'à ce plus petit dénominateur commun. On peut se sentir frustré. J'étais parti avec une ambition peut-être démesurée : pourquoi ne pas imaginer que les Vingt-sept s'engagent à réfléchir dans les mois qui viennent à une attitude commune de présence politique de nos dirigeants aux cérémonies protocolaires des Jeux ? Mais j'ai tout de suite senti que ce n'était pas du ressort des ministres des Affaires étrangères. Ce sera une décision de chacun et au plus haut niveau.
Dans quelle mesure la puissance économique et l'influence politique de la Chine ont-elles joué ?
On sent que certains partenaires, plus privilégiés que d'autres en Chine, et en fonction de leur poids relationnel et économique avec la Chine, sont beaucoup plus prudents que d'autres. On sent un double raisonnement : oui, on a des principes à défendre, mais, en même temps, on ne peut pas choquer Pékin. On sent que le crime de lèse-majesté ultime, c'est de mettre en doute les Jeux olympiques, l'événement moteur de la reconnaissance internationale de la Chine. On sent une lame de fond globalement positive et unie en Europe mais, dès qu'on approche ces zones sensibles, quelques grands pays sont réticents. Je laisse chacun à ses calculs. Cela dépasse le raisonnement commun...
Le rire "communicatif" du...
François Fillon à Bruxelles
Le trophée de l'Euro 2012 se...
Il saute d'un hélicoptère...