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JO de Pékin

Jacques Rogge sort de sa réserve

Julien Lepeer

Mis en ligne le 08/04/2008

Le président du Comité international olympique (CIO) est l'auteur d'une "sortie" inhabituelle. Il a appelé au dialogue à propos du Tibet.

Depuis plusieurs mois, le CIO, et, de facto, son président, font l'objet de vives critiques quant à leur passivité au sujet de l'épineux dossier des droits de l'homme en Chine. Respectant un principe de neutralité, Jacques Rogge s'était toujours abstenu, au grand dam de nombreux athlètes et ONG, de toute implication dans la sphère politique. Seulement, après les incidents qui ont émaillé le passage de la flamme olympique en Europe, notre compatriote est sorti de sa réserve habituelle.

"Le passage de la flamme olympique a été visé", a-t-il déclaré, avant d'ajouter : "Nous sommes tous préoccupés par la situation internationale actuelle. [...] Le CIO a exprimé sa vive inquiétude et appelé à une résolution rapide et pacifique au Tibet."

Aussi timide soit-elle, la réaction de Rogge marque un tournant dans le positionnement du CIO, jusqu'ici très silencieux sur les abus du régime chinois. Certes, cette "sortie" n'a rien de contraignant pour Pékin, mais elle était attendue par de nombreux acteurs de tous les milieux.

Robert Ménard, président de Reporters sans frontières (RSF), ne s'était d'ailleurs pas montré des plus tendres, qualifiant, en mars dernier, Jacques Rogge de "Ponce Pilate". "Manifestement, les affaires, c'est plus important pour lui que l'idéal olympique", avait surenchéri Ménard qui l'accusait de ne pas tenir ses engagements pris lorsqu'il avait été désigné au poste de président du CIO.

En Belgique également, des appels à une réaction du Comité olympique avaient été émis, par Ecolo et Groen ! notamment. Dans une lettre adressée à Jacques Rogge, les "Verts" avaient notamment insisté sur le fait que le silence de notre compatriote constituait déjà un acte politique : "En tant que président du CIO, vous avez la possibilité et la responsabilité de témoigner publiquement et fermement du fait que le gouvernement chinois n'a pas respecté ses engagements pris à l'égard du respect des droits de l'homme lors de sa sélection pour l'organisation des Jeux olympiques en 2008. Si le CIO ne fait rien, il prend le risque d'être accusé de complicité de la répression et des violations des droits de l'homme en Chine et au Tibet."

Lundi, David Douillet, ancien judoka et président de la Commission des athlètes du CNOSF (Comité national olympique et sportif français) n'a pas caché sa satisfaction suite aux propos tenus par le président du CIO : "On attendait cela avec beaucoup d'impatience. Jusqu'à maintenant, il n'y a que les athlètes qui sont montés au créneau. Il était temps que le CIO réagisse."

Une violence nécessaire ?

Il aura donc fallu que des incidents plutôt extrêmes interviennent lors du passage de la flamme pour obtenir enfin une réaction du CIO. Réaction que l'on peut qualifier d'historique tant la réserve a toujours été respectée par les prédécesseurs de Rogge. A Londres, dimanche, et à Paris, lundi, de nombreux incidents, parfois violents ont accompagné la flamme olympique dans son périple. "Quelle que soit la raison, la violence n'est pas compatible avec les valeurs de la flamme olympique ou des Jeux olympiques", avait insisté, lundi matin, le successeur de Juan Antonio Samaranch. Mais on peut légitimement se demander si des actions entièrement pacifiques auraient pu produire le même effet...

Jeudi, tous les yeux des athlètes seront rivés vers Pékin et Jacques Rogge, qui devrait enfin clarifier la position du CIO par rapport à la liberté d'expression des sportifs engagés aux JO (lire ci-dessous).

Savoir Plus

Quelle liberté pour le sportif?

Des athlètes et responsables des milieux sportifs européens ont pressé lundi le président du Comité international olympique (CIO), Jacques Rogge, de leur donner des règles plus claires sur ce qu'ils pourront dire ou non lors des Jeux de Pékin. La question de la liberté d'expression des athlètes a été l'un des points les plus débattus par les dirigeants des 205 comités nationaux olympiques réunis jusqu'à mercredi dans la capitale chinoise.

"Les athlètes veulent savoir ce qui est permis et ce qui ne l'est pas", a expliqué l'ancienne escrimeuse allemande Claudia Bockel, porte-parole de la Commission des athlètes européens. "Ils sont préoccupés par ce qui se passe au Tibet et en même temps ils veulent respecter la Charte olympique. Ce serait très bien de pouvoir leur enlever la pression en leur donnant des consignes pour pouvoir exprimer leurs préoccupations", a-t-elle ajouté.

Le CIO a déjà fait valoir que les athlètes seraient libres de s'exprimer lors des Jeux de Pékin sur n'importe quel sujet, dans la mesure où ils respectent la Charte olympique, qui interdit toute propagande politique, religieuse ou raciale dans un lieu, site ou autre emplacement olympique.

Une déclaration de Jacques Rogge sur le sujet est attendue jeudi. Les athlètes français devraient notamment savoir s'ils seront autorisés à porter leur fameux badge "Pour un monde meilleur".

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