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Jeux Olympiques
Une affaire éminemment politique
michel rosten
Mis en ligne le 11/04/2008
Pour la première fois, dans l'histoire des Jeux olympiques modernes (devenus une grande machinerie politico-financière), un pays organisateur a la mauvaise surprise de voir une opposition au régime en place mettre à profit la situation pour protester contre le triste sort qui lui est fait.
En 1936, il n'y avait plus grand monde, en dehors des camps de concentration, pour gêner le chancelier Hitler. En 1980, le camarade Brejnev avait nettoyé Moscou des gens qui lui paraissaient indésirables, des invalides et des... chiens errants.
Un précédent mexicain
Les régimes totalitaires ne lésinent pas sur les moyens quand ils entendent réussir une opération de prestige qu'ils mettent sur pied. La Chine ne désire pas faire exception à la règle et la manière dont elle a maté les émeutes au Tibet ressemble étrangement à celle utilisée par le parti révolutionnaire institutionnel (PRI) mexicain en octobre 1968. Aux prises, depuis plusieurs semaines, avec l'agitation estudiantine, la police de Mexico se livra, quelques jours avant l'ouverture des Jeux en octobre 1968, au fameux massacre de Tlatelolco, sur la place des Trois Cultures : selon la version officielle, la fusillade fit quatre morts et une vingtaine de blessés - les autres sources, dont Octavio Paz, parlaient d'un bilan de deux cents à trois cents victimes !
Le rappel de ces épisodes, auxquels il faudrait ajouter la longue liste des boycottages organisés sous divers prétextes respectables - depuis les méfaits de la politique d'apartheid en vigueur en Afrique du Sud, jusqu'à l'invasion de l'Afghanistan par l'Armée rouge, en passant par le manque de sécurité que le Kremlin et ses alliés redoutaient pour leurs athlètes à Los Angeles, etc. -, démontre sans équivoque l'emprise qu'exercent les politiciens sur les Jeux. Mais c'est là que le bât blesse.
Certes, le mouvement olympique a besoin du monde politique pour survivre. Sans les pouvoirs publics, qui assurent et financent (au moins partiellement) les travaux gigantesques imposés par le cahier de charges des Jeux, il est devenu pratiquement impossible de poser une candidature à leur organisation. D'autre part, depuis les tragiques événements de Munich, en septembre 1972, qui ont vu un commando palestinien s'attaquer à la délégation israélienne, les Jeux ne sauraient se passer d'un concours massif et permanent des forces de l'ordre.
Mais dès lors que les gestionnaires étatiques deviennent partie prenante dans l'aventure, ils se préoccupent, en toute logique, par priorité de leurs intérêts. Et ils faussent inévitablement la donne sportive.
La chèvre et le chou
A l'heure où des voix s'élèvent un peu partout pour critiquer le choix de Pékin, en 2001, et pour reprocher à Jacques Rogge de ne pas prendre fermement position dans le débat sur le respect des droits de l'homme en Chine et au Tibet, on devrait tout de même rappeler que le président du CIO a pour obligation de ménager la chèvre et le chou. Il a mille fois raison de se défendre, comme il l'a fait dans une interview accordée au "Figaro", en précisant que 25 000 journalistes avaient obtenu le droit de circuler librement dans le pays, ce qui eût été inimaginable il y a deux ans, et en s'étonnant que l'on reproche "au CIO de ne pas obtenir ce que n'ont pas obtenu des générations d'hommes d'Etat"...
Il aurait pu rappeler, en outre, de quelle façon s'octroient les Jeux. Ce sont les responsables des mouvements olympiques nationaux qui votent. Or, à part quelques-uns d'entre eux librement élus, la plupart des dignitaires dont dépend le choix d'une ville sont mandatés par le pouvoir en place dans leur pays.
On imagine aisément l'obligation qui leur est faite de respecter le résultat des marchandages diplomatiques intervenus entre les capitales. Et faut-il rappeler que Tony Blair et Jacques Chirac firent le voyage de Singapour dans l'espoir de fléchir quelques indécis alors que Londres et Paris étaient en concurrence pour accueillir les Jeux en 2012 ? Ceci sans parler des tentatives de corruption...
Utopique dépolitisation
D'aucuns réclament plus de transparence dans le mouvement olympique; mais il faudrait d'abord parvenir à un assainissement de la situation par le biais d'une véritable dépolitisation des Jeux. Hélas, cela relève de l'utopie, comme le démontre - à petite échelle, mais avec éloquence - l'immixtion des pouvoirs politiques dans les fédérations sportives en Belgique, obligées de se scinder en ailes linguistiques (!) pour obtenir les subventions dont elles avaient (et ont encore) besoin pour la plupart...
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