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Édito
Pathétiques gesticulations olympiques
Par Philippe Paquet
Mis en ligne le 11/04/2008
Faudra-t-il ajouter la gesticulation au nombre des disciplines olympiques ? Il faut le penser au vu des contorsions auxquelles se livre le Comité international olympique. La journée de jeudi en a encore fourni une pathétique illustration. Le président du CIO, Jacques Rogge, commence par rappeler à la Chine sa vieille (et vague) promesse d'améliorer la situation des droits de l'homme. Pékin réagit aussitôt en priant le CIO de ne pas se mêler de politique. La porte-parole du Comité, Giselle Davies, conclut en niant l'existence de toute tension et assure que les relations restent "très bonnes" entre M. Rogge et les autorités chinoises...
Le ridicule ne tue pas. Heureusement pour le CIO qui s'y enfonce de plus en plus. Le passage de la flamme olympique à San Francisco, mercredi, a sombré dans le grotesque, puisqu'il a d'abord fallu cacher le prestigieux emblème, puis le faire parader là où... il n'y avait personne, avant de l'expédier en catimini à l'aéroport. N'en déplaise à Jacques Rogge, ce n'est pas le risque que des athlètes expriment des opinions politiques à Pékin qui pourrait, selon son expression, "tuer les Jeux", c'est bien plutôt que le CIO se prête sans sourciller à des mascarades indécentes.
On peut comprendre le désarroi du mouvement olympique, surpris et dépassé, comme à peu près tout le monde, par les événements survenus en Chine depuis le 10 mars. On doit aussi convenir, quoi qu'en disent certains, que la Chine méritait pleinement d'organiser les Jeux olympiques. Le Dalaï Lama lui-même l'a répété jeudi à Tokyo en invoquant le droit que peut revendiquer "la nation la plus peuplée et la plus ancienne". On y ajoutera le fait que la Chine est aussi une grande puissance sportive.
Ce qu'on comprend moins, c'est que le CIO ne se soit pas préoccupé, depuis l'attribution des JO à Pékin en 2001, de cette clause des droits de l'homme qu'il rappelle aujourd'hui avec d'autant plus d'embarras qu'il est à l'évidence trop tard. Quel sens cela a-t-il de demander l'ouverture d'un "dialogue" avec le Dalaï Lama ? Il faudrait exiger des résultats et le temps manque pour cela. En outre, la question des droits humains en Chine est loin, très loin, de se limiter à la seule question tibétaine.
S'il ne s'agissait pas de gesticulations trahissant un pathétique sauve-qui-peut, le CIO se déclarerait dès maintenant préoccupé par l'évolution de la Russie, qui accueillera les Jeux d'hiver à Sotchi, en 2014, et où les droits de l'homme (au sens large) sont certainement autant, sinon plus, bafoués qu'en Chine.
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